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Confiance en soi

Renforcer votre locus de contrôle pour gagner en efficacité au travail

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 9 min de lecture

Sommaire

Cet article s’adresse à celles et ceux qui travaillent beaucoup sans se sentir efficaces. Il explique ce qu’est le locus de contrôle, comment il pèse sur votre efficacité et à quels signes on reconnaît une façon de voir trop tournée vers l’extérieur. Vous y trouverez ensuite 5 gestes concrets pour reprendre la main sur votre temps, votre attention et vos décisions. Suivent un repère si votre poste vous laisse réellement peu de marge, et une piste pour les managers.

Vous donnez le meilleur de vous-même, mais les délais dérapent et les réunions s’accumulent. Le soir, vous ne savez plus où sont passés votre temps et votre énergie. Vous n’êtes ni paresseux ni désorganisé. Un facteur plus discret pourrait jouer sur votre productivité : votre locus de contrôle.

Le locus de contrôle, c’est quoi ?

Quand vous vous lancez dans une tâche au travail, à quoi vous attendez-vous ? Certaines personnes pensent d’abord : « le résultat dépendra de ce que je fais ». D’autres pensent plutôt : « il dépendra de la chance, des autres, des circonstances ». Le psychologue Julian Rotter a donné un nom à cette attente en 1966 : le locus de contrôle. « Locus » veut dire « lieu » en latin : où situez-vous ce qui décide de vos résultats, en vous ou hors de vous ?

Plus précisément, il décrit à quel point une personne s’attend à ce que les résultats de ses actions dépendent d’elle-même plutôt que de facteurs extérieurs. Avec un locus de contrôle interne, vous estimez que vos actions, vos choix et vos efforts déterminent en grande partie vos résultats. Ce qui vous arrive dépend surtout de vous. Avec un locus de contrôle externe, vous pensez au contraire que votre réussite et les événements dépendent surtout de l’extérieur : la chance, les collègues, les circonstances ou votre hiérarchie.

Il ne s’agit pas de 2 catégories de personnes. Chacun se situe quelque part sur une ligne continue entre ces 2 pôles, ce que les psychologues appellent un continuum. Et le but n’est pas de devenir « interne » à tout prix. Imaginez une personne qui s’attribue tout, y compris une restructuration décidée par la direction. Elle risque de finir par se le reprocher, alors que cela ne dépendait pas d’elle. L’article Contrôle interne ou contrôle externe, l’impact invisible sur votre réussite développe ces nuances. Ici, nous nous concentrons sur les gestes du quotidien.

Pourquoi cela a un impact au travail

Un locus de contrôle externe pèse souvent sur le quotidien professionnel sans qu’on s’en rende compte :

  • Vous attendez d’avoir le « feu vert » pour passer à l’action
  • Vous repoussez le démarrage d’un projet tant que les conditions ne sont pas parfaites
  • Vous vous sentez frustré ou impuissant face au désordre autour de vous
  • Vous vous dites : « Je n’y peux rien, ce n’est pas entre mes mains »

Ces pensées créent des goulets d’étranglement mentaux : elles fixent votre attention sur les obstacles, et les décisions en suspens s’accumulent, comme l’eau dans un entonnoir qui ne passe qu’au compte-gouttes. Elles sapent la motivation, la concentration et le passage à l’action. Les études observent que les personnes plus tournées vers l’interne montrent en général plus d’initiative, de motivation et de satisfaction au travail. C’est un lien constaté, pas la preuve qu’une chose cause l’autre : devenir plus « interne » ne rend pas forcément, à lui seul, plus motivé. La recherche montre aussi que, quand une personne vit à répétition des situations sur lesquelles elle n’a aucune prise, elle peut finir par cesser d’essayer, même quand la situation redevient modifiable.

Un entonnoir de verre posé sur un plan de travail en bois clair, l’eau s’y accumulant lentement au-dessus du goulot

Comportements fréquents liés à un locus externe

Ce glissement se traduit par des habitudes très reconnaissables. On commence par blâmer les outils ou les systèmes quand le travail n’avance pas, au lieu d’adapter sa méthode. On évite les rôles de leadership, en se disant que d’autres sont mieux placés. On réagit aux e-mails et aux réunions en continu, au lieu d’organiser soi-même son emploi du temps. Et l’on reste en attente d’une validation ou d’une clarté qui ne vient jamais, plutôt que de trancher.

Ces comportements sont souvent des façons de se protéger, ce que les psychologues appellent des stratégies d’adaptation. À court terme, ils protègent réellement : attendre le feu vert évite de se tromper seul. Mais à la longue, ils freinent l’élan et limitent votre autonomie. Si vous vous y reconnaissez, cela signale simplement un endroit où votre marge est peut-être plus grande que vous ne le pensez.

Comment renforcer un locus interne, concrètement

Le locus de contrôle est une attente, au sens de « ce à quoi l’on s’attend », et cette attente s’apprend. À force de voir si nos actions changent les choses ou non, nous finissons par nous attendre à ce qu’elles aient un effet, ou à ce qu’elles n’en aient pas. Cette attente peut donc se déplacer, par l’accumulation de petites expériences où votre action a eu un effet visible. Les 5 gestes qui suivent multiplient ces expériences.

1. Reprendre la main sur ce que vous contrôlez

Chaque matin, posez-vous la question : Qu’est-ce que je contrôle aujourd’hui ? Votre planning ? Votre manière de répondre à cet e-mail ? Votre posture dans une réunion tendue ?

Triez ensuite ce qui vous préoccupe en 3 catégories. D’abord, ce qui dépend entièrement de vous, comme l’ordre de vos tâches. Ensuite, ce sur quoi vous pouvez peser sans le maîtriser, comme la manière d’alerter votre responsable sur une surcharge. Enfin, ce que vous ne pouvez qu’accepter pour l’instant, comme un délai imposé par un client. Ce tri allège la charge mentale, parce qu’il vous évite de tourner en boucle sur ce qui échappe à toute action.

Choisissez enfin une seule action dans la première catégorie. Précisez quand et dans quelle situation vous la ferez, par exemple : « à 9 h, avant d’ouvrir ma messagerie, je fixe l’ordre de mes 3 tâches du jour ». Un plan aussi concret est nettement plus souvent tenu qu’une simple bonne résolution.

2. Protéger votre attention

Quand on se sent impuissant, on laisse souvent les demandes des autres absorber son temps. Protégez votre agenda, repoussez les demandes qui ne sont pas prioritaires, et réservez des plages de temps pour vous concentrer sans interruption. Par exemple, face à une nouvelle demande, demandez quelle tâche peut attendre si vous la prenez.

Chacun de ces choix, même modeste, est une petite expérience de contrôle. Avoir un locus interne, c’est aussi choisir ce qui mérite votre énergie.

3. Noter vos victoires personnelles

Tenez un journal simple des moments où vos efforts ont porté leurs fruits, même modestes. Voir noir sur blanc le lien entre vos actions et les résultats renforce votre confiance dans votre capacité à réussir ce que vous entreprenez. Les psychologues appellent cela le sentiment d’efficacité personnelle. Il se nourrit d’abord de réussites que vous avez vécues vous-même.

Un détail compte : notez ce que vous avez fait, pas seulement ce qui a marché. « J’ai préparé la réunion la veille et posé la question qui a débloqué le sujet » vaut plus que « la réunion s’est bien passée ». Seule la première montre le lien entre votre action et le résultat.

Un bocal de verre sur un rebord de fenêtre, rempli en bonne partie de galets lisses, quelques-uns posés à côté

4. Reformuler les pensées passives

Remplacez « Je n’ai pas le choix » par « C’est difficile, mais je peux choisir ma réponse ». Ce changement de langage s’inspire de la restructuration cognitive, une méthode des approches cognitives. Elle consiste à repérer une pensée, à vérifier si elle est exacte, puis à la reformuler plus justement. Ce changement de langage peut modifier peu à peu votre façon de lire les situations.

Il ne s’agit pas de pensée positive : la reformulation doit rester vraie. Si votre marge est réellement mince, « j’ai peu de choix, et voici celui que je fais » est plus juste, et plus utile, que « tout dépend de moi ».

5. Travailler la cause, pas seulement les symptômes

Si la passivité ou le doute vous semblent enracinés, ils peuvent être liés à des expériences passées : un responsable qui n’écoutait jamais, une éducation où l’initiative était mal vue. Quand l’impuissance remonte loin, ou dépasse largement le cadre du travail, explorer les croyances à l’origine de vos réactions peut produire un changement plus profond, surtout avec l’aide d’un professionnel.

Et si la marge de manœuvre est réellement faible ?

Se sentir impuissant ne veut pas toujours dire que l’on voit la situation de travers. Certains postes cumulent beaucoup d’exigences et très peu de liberté pour décider comment faire son travail, ce que les spécialistes appellent une faible latitude de décision. Ces postes sont objectivement éprouvants : ce constat compte parmi les résultats les plus solides de la psychologie du travail. Quand chaque priorité vous est dictée et qu’aucun délai n’est négociable, vous sentir sans prise est donc une lecture exacte.

Si le tri de la première étape laisse presque tout dans la catégorie « à accepter », le levier consiste à négocier plus de liberté de décision. Quelles décisions pouvez-vous prendre seul ? Sur quelles priorités pouvez-vous être consulté ? Poser ces questions à votre responsable, avec des exemples précis, revient déjà à agir sur ce qui dépend de vous. Et si l’impuissance s’accompagne depuis plusieurs semaines d’un sommeil dégradé, d’une fatigue qui ne passe plus ou d’un détachement vis-à-vis de votre travail, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Un accompagnement à la gestion du stress peut alors passer avant tout travail sur la productivité.

Bonus leadership : développer un locus interne dans vos équipes

Si vous encadrez une équipe, votre levier consiste à aider vos collaborateurs à constater que leurs initiatives changent réellement les résultats. Cela suppose de vraies marges de décision, le droit de se tromper sans être humilié, et un retour qui relie clairement le résultat à ce que la personne a fait. C’est le principe du leadership dit « habilitant », un style de management qui donne du pouvoir de décision aux personnes et les encourage à s’en servir. Une synthèse de nombreuses études sur ce sujet, appelée méta-analyse (Lee, Willis et Tian, 2018), associe ce style à une meilleure performance et à plus de créativité dans les équipes.

Concrètement, cela passe par des questions plutôt que par des réponses toutes faites (« Qu’est-ce que tu proposes ? »). Cela passe aussi par l’exemple : un responsable qui assume ses propres choix, y compris ceux qui ont échoué, montre qu’on peut se tromper et rester légitime. Les effets attendus sont moins de micro-gestion, c’est-à-dire de contrôle de chaque détail par le manager, et des décisions prises plus près du terrain. Ils ne sont ni immédiats ni garantis : ils s’installent à mesure que l’équipe constate que son initiative est attendue. Un coaching en leadership et management peut aider à appliquer ces principes à vos situations.

Sur une étagère de bois, 3 pots en terre cuite, 2 jeunes plants tenant seuls, leurs tuteurs posés contre le mur

En résumé

  • Le locus de contrôle décrit ce dont, selon vous, dépendent vos résultats : vos actions (locus interne) ou les circonstances (locus externe).
  • Une orientation trop externe se repère dans le quotidien : attendre le feu vert, repousser un démarrage, subir son agenda.
  • On se rapproche de l’interne par de petits gestes : trier ce qui dépend de vous, protéger votre attention, noter vos réussites et ce que vous y avez fait, reformuler vos pensées sans les enjoliver.
  • Un sentiment d’impuissance peut aussi refléter un poste qui laisse trop peu de marge ; le levier est alors de négocier plus de liberté de décision.
  • L’efficacité tient moins aux outils qu’à une croyance juste : vos actions pèsent sur vos résultats, dans la mesure de ce que votre poste permet. Agissez là où c’est le cas.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si vous vous sentez bloqué et avez l’impression de ne plus pouvoir agir sur votre situation, je vous accompagne en coaching professionnel et personnel. Ensemble, nous cherchons ce qui use votre sentiment d’efficacité, pour le reconstruire de l’intérieur. Nous regardons votre manière de décider, de prioriser et de poser vos limites. Vous pouvez réserver une première séance via la page rendez-vous.

Pour aller plus loin, si vous encadrez une équipe : Les avantages du coaching exécutif pour le développement du leadership.

Votre marge est sans doute plus large que vous ne le pensez : c’est exactement ce qui se travaille, un geste à la fois.

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