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Confiance en soi

Contrôle interne vs contrôle externe : l’impact invisible sur votre réussite professionnelle

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 11 min de lecture

Sommaire

Cet article explique ce qu’est le locus de contrôle, ce qui distingue un contrôle interne d’un contrôle externe, et son poids sur votre réussite professionnelle. Vous y trouverez des exemples tirés du travail, des questions pour situer votre tendance, les limites d’un contrôle interne poussé trop loin et des pistes pour le faire évoluer. Il s’adresse à celles et ceux qui ont l’impression que leur carrière se joue sans eux.

Pourquoi certaines personnes rebondissent-elles après un échec, alors que d’autres se sentent bloquées au moindre revers ? Pourquoi 2 collègues réagissent-ils de manière si différente face à un même défi ? L’un passe à l’action, l’autre attend que la situation s’améliore.

Une partie de la réponse tient à une conviction que nous avons presque tous, sans y réfléchir : nous croyons avoir plus ou moins d’influence sur ce qui nous arrive. Les psychologues l’appellent le locus de contrôle. « Locus » est un mot latin qui veut dire « lieu » : il s’agit de l’endroit où vous placez le contrôle, en vous ou hors de vous. Cette conviction est discrète, mais elle influence notre motivation, nos choix et notre parcours professionnel.

Le locus de contrôle, c’est quoi exactement ?

Qu’est-ce que le locus de contrôle ? Un concept proposé par le psychologue Julian Rotter en 1966. Il désigne ce qu’une personne croit, de façon générale, au sujet de ses résultats : dépendent-ils surtout de ses propres actions, ou surtout de forces extérieures ?

Si vous avez un locus de contrôle interne, vous croyez que vos actions, vos décisions et vos efforts influencent vos résultats. Par exemple, après une promotion, vous pensez d’abord au travail fourni. Si vous penchez au contraire vers un locus de contrôle externe, vous pensez que ces mêmes résultats dépendent surtout de forces extérieures : la chance, le destin, l’économie, les autres. Après la même promotion, vous pensez plutôt avoir été au bon endroit au bon moment.

Rotter lui-même a tenu à préciser un point : il ne s’agit pas de 2 catégories de personnes, les « internes » et les « externes ». Il faut plutôt imaginer une ligne continue, avec l’interne à un bout et l’externe à l’autre. C’est ce qu’on appelle un continuum. Chacun se situe quelque part entre les deux extrémités. Cette position varie aussi selon les domaines de la vie : on peut se sentir très maître de sa vie de famille et très démuni face à l’évolution de sa carrière. Quand cet article parle d’orientation « interne » ou « externe », il désigne donc le côté vers lequel une personne penche le plus souvent, pas une étiquette.

Pourquoi c’est important pour votre carrière

Votre façon de voir le contrôle influence votre comportement au travail bien plus que vous ne l’imaginez. Une tendance interne va souvent de pair avec l’initiative, la persévérance et le sens des responsabilités. Vous êtes alors plus enclin à prendre les choses en main et à chercher des solutions. Une tendance externe, à l’inverse, s’accompagne plus souvent de passivité, de découragement ou de frustration. Si vous croyez que tout dépend des circonstances, agir semble inutile. Vous risquez alors d’éviter les défis, de vous sentir impuissant ou de reporter la faute sur les autres.

Des chercheurs en psychologie du travail ont examiné ce lien dans une méta-analyse publiée en 2006 (Ng, Sorensen et Eby). Une méta-analyse rassemble les résultats de nombreuses études déjà publiées afin d’en dégager une vue d’ensemble. Leur conclusion : un locus de contrôle plus interne va avec une plus grande satisfaction au travail, une motivation plus élevée et un meilleur bien-être. Attention : ils constatent que ces éléments vont ensemble, sans montrer que l’un cause l’autre. Ce sont des associations, pas une loi mécanique. Le locus de contrôle se combine avec le contexte, les compétences et le soutien dont on dispose.

Un mécanisme aide à comprendre pourquoi une orientation externe pèse autant. Imaginez une personne qui fait, encore et encore, l’expérience que ses efforts ne changent rien. Elle finit par cesser d’essayer, même quand la situation redevient modifiable et que ses efforts pourraient de nouveau servir. Les psychologues appellent cela l’impuissance apprise. Martin Seligman et Steven Maier ont décrit ce phénomène à la fin des années 1960, d’abord chez l’animal. Ce n’est ni de la paresse ni un manque de volonté. Au départ, les deux chercheurs pensaient que l’on apprenait, au sens propre, que rien ne sert d’agir. En 2016, ils ont revu cette explication à la lumière des neurosciences, c’est-à-dire de l’étude du cerveau. Selon cette nouvelle lecture, la passivité serait la réaction par défaut, presque automatique, quand les difficultés durent. Ce qui s’apprend, c’est l’inverse : le sentiment d’avoir prise sur les choses, qui vient contrebalancer cette passivité. Concrètement, se figer face à une difficulté qui dure n’est pas un défaut personnel. Le sentiment d’avoir prise, lui, se construit, à travers des expériences où vos actions produisent un effet.

2 petites barques de bois sur une eau calme, l’une équipée de ses rames, l’autre à la dérive

Application concrète : comment cela se manifeste au travail

Voici quelques situations professionnelles où le locus de contrôle se voit à l’œil nu. Ce sont des tendances, pas des règles : la même personne peut réagir de façon interne un jour et externe le lendemain.

  • Entretiens d’embauche : côté interne, on met en avant ce qu’on apporte ; côté externe, on se concentre sur la façon dont on sera perçu, comme si l’issue dépendait surtout du recruteur.
  • Retours et critiques : côté interne, une remarque sur son travail devient une occasion d’ajuster ; côté externe, elle est plus souvent vécue comme un jugement injuste.
  • Échecs ou difficultés : côté interne, on cherche à comprendre ce qui a joué et ce qu’on peut adapter ; côté externe, on se sent coincé ou victime des circonstances.
  • Décisions de carrière : côté interne, on anticipe et on prend des initiatives ; côté externe, on attend le feu vert de quelqu’un d’autre ou que « les planètes s’alignent ».

Pour situer votre propre tendance, repensez à un revers professionnel récent et répondez honnêtement à ces questions :

  • Quand j’explique ce qui s’est passé, est-ce que je parle d’abord de ce que j’ai fait, ou d’abord de ce que les autres ont fait ?
  • Est-ce que j’ai tenté quelque chose de différent ensuite, ou est-ce que j’ai surtout attendu que les conditions changent ?
  • Quand une chose réussit, est-ce que je pense que c’est grâce à mon travail, à la chance, ou à la bienveillance de quelqu’un ?

Ces questions n’ont pas de bonne réponse. Elles servent à repérer votre tendance, puis surtout à distinguer les situations où votre lecture est juste de celles où elle vous cache une marge de manœuvre réelle. Par exemple, « ma prime dépend du budget de l’entreprise » peut être exact. En revanche, « mon évolution ne dépend que de mon chef » peut vous cacher des démarches possibles. Ce tri permet ensuite de décider en fonction de ce que vous pouvez réellement maîtriser. Parfois, un choix de carrière reste bloqué parce que vous ne savez plus ce qui dépend de vous. Un coaching en prise de décision peut alors aider à remettre les options à plat.

Un locus interne, est-ce toujours mieux ?

La réponse courte : non, pas quand il est poussé à l’extrême. On présente souvent le locus de contrôle comme s’il suffisait de « devenir interne » pour réussir. Ce raccourci a un coût.

Une personne très interne peut être tentée de tout ramener à elle, y compris ce qui ne dépendait pas d’elle. Pensez à une restructuration, à un marché qui se retourne, à un responsable toxique. Quand ces événements sont lus comme des échecs personnels, le sentiment de contrôle se transforme en autoreproche : on se reproche à soi-même ce qui est arrivé.

Les travaux sur l’impuissance apprise aident à comprendre quand ce reproche devient lourd. Ils ne mesurent pas le locus de contrôle lui-même : ils étudient la manière dont chacun s’explique un échec. Ils ont montré que ce qui pèse n’est pas seulement le fait de se dire qu’un échec vient de soi, mais la façon de se l’expliquer. Le schéma le plus décourageant combine 2 idées. La cause paraît stable, comme si elle ne pouvait pas changer (« je suis comme ça »). Elle paraît aussi globale, comme si elle touchait tout (« c’est pareil dans tout ce que je fais »). À l’inverse, reconnaître un facteur précis et modifiable protège la motivation. Par exemple, « j’ai mal préparé cette présentation » laisse une prise pour la prochaine fois.

Une étude menée auprès de salariés exposés à du harcèlement au travail va même plus loin. D’habitude, un locus interne joue plutôt un rôle protecteur face aux difficultés. Chez ces salariés, l’étude suggère que cet avantage s’estompe, voire se retourne en désavantage, quand le contrôle réel fait défaut. C’est le cas quand la personne n’a pas vraiment de moyen d’agir sur ce qu’elle subit.

Le contexte compte aussi. Depuis les travaux de Robert Karasek, on sait qu’une situation figure parmi les plus éprouvantes au travail : de fortes exigences, avec peu de liberté pour décider comment faire son travail. Karasek appelle cette liberté la « latitude de décision ». Se sentir sans prise n’est donc pas toujours une erreur de lecture de votre part. Parfois, c’est le poste lui-même qui laisse peu de marge. Dans ce cas, c’est l’organisation du travail qu’il faut interroger, pas seulement votre manière de penser.

Il existe enfin une forme plus discrète d’orientation externe, qui ne s’applique qu’aux réussites. On les attribue à la chance ou à la bienveillance des autres. Pour les échecs, au contraire, on se tient pour responsable de chacun. Autrement dit, on se voit « externe » pour ce qui va bien et « interne » pour ce qui va mal. C’est l’un des ressorts du syndrome de l’imposteur, ce sentiment de ne pas mériter sa place malgré ses réussites, décrit dès 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes. Un rapport juste au contrôle n’est donc ni interne ni externe à tout prix. Il consiste à voir avec justesse, dans chaque situation, ce qui dépend de vous et ce qui n’en dépend pas.

Peut-on modifier son locus de contrôle ?

Oui, dans une certaine mesure. Le locus de contrôle est une tendance assez stable, mais elle n’est pas figée. Pour Rotter, c’est une attente apprise : une conviction qui s’est construite à partir de ce que vous avez vécu. De grandes études longitudinales, qui suivent les mêmes personnes dans le temps, montrent que le sentiment de contrôle évolue au fil de la vie et des événements vécus. Ce qui a été appris peut donc se réapprendre. Cela demande toutefois de vivre des expériences qui contredisent l’ancienne conclusion.

Le psychologue Albert Bandura propose une distinction qui aide à voir comment faire. Le locus de contrôle répond à une question large : « Mes actions ont-elles un effet, en général ? » Le sentiment d’efficacité personnelle répond à une question plus précise : « Suis-je capable de réaliser cette action-là ? » Par exemple, vous pouvez penser qu’une bonne préparation change l’issue d’un entretien, tout en doutant d’être capable de bien le préparer vous-même. Les deux se renforcent. Bandura a montré que la source la plus puissante du sentiment d’efficacité est l’expérience directe de la réussite. Autrement dit : réussir quelque chose, même modeste, et pouvoir relier ce résultat à ce que l’on a fait. Les pistes qui suivent reposent sur ce levier :

  • Repensez à des moments difficiles que vous avez traversés et identifiez ce que vous avez mis en place pour les surmonter.
  • Dans chaque situation compliquée, même minime, demandez-vous : « Quels choix ai-je ? », puis triez ce qui dépend de vous, ce sur quoi vous pouvez agir en partie et ce que vous ne pouvez qu’accepter pour l’instant.
  • Reformulez les pensées limitantes, ces phrases intérieures qui vous freinent d’avance. Remplacez « je n’y peux rien » par « quelle petite action puis-je entreprendre ? », et choisissez une action dont vous pourrez observer l’effet.
  • Quand quelque chose réussit, nommez votre part dans ce résultat, sans la minimiser ni l’exagérer.
  • Envisagez un accompagnement (psychologue, coach) pour explorer les croyances qui influencent vos réactions, surtout si le sentiment d’impuissance est ancien ou touche plusieurs domaines de votre vie.

Ces pistes demandent de la répétition. C’est l’accumulation de petites expériences où vous voyez l’effet de vos actions qui déplace peu à peu la conviction de fond. Pour des gestes plus précis, l’article Renforcer votre locus de contrôle pour gagner en efficacité au travail en propose 5, centrés sur le temps, l’attention et les décisions.

Un levier d’aiguillage au bord d’une voie ferrée en herbe, là où les rails se séparent en 2 directions

Reprendre le volant de votre trajectoire

Avoir l’impression que sa carrière nous échappe est profondément frustrant. Mais la bonne question n’est pas « suis-je interne ou externe ? ». C’est plutôt : dans cette situation précise, quelle part dépend de moi, et qu’est-ce que j’en fais ? Là où la situation peut bouger, vous pouvez inverser la dynamique : une décision, une croyance, une action à la fois. Là où la marge est réellement mince, cette même lucidité vous évite de porter seul un poids qui ne vous appartient pas.

En résumé

  • Le locus de contrôle désigne la part de contrôle que vous vous attribuez sur ce qui vous arrive ; c’est un continuum, pas 2 catégories de personnes.
  • Une tendance interne est associée à plus d’initiative, de persévérance et de satisfaction au travail ; une tendance externe s’accompagne plus souvent d’attente et d’un sentiment d’impuissance.
  • Ce style se voit dans des situations très concrètes : entretiens, retours sur votre travail, échecs, décisions de carrière.
  • Un locus interne poussé à l’extrême peut tourner à l’autoreproche ; la justesse consiste à distinguer ce qui dépend de vous de ce qui n’en dépend pas.
  • Il n’est pas figé : de petites réussites que vous reliez à vos actions, la reformulation des pensées qui vous freinent et un accompagnement le font évoluer.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si cet article fait écho à votre expérience, c’est peut-être le bon moment d’en parler. À travers un coaching professionnel et personnel, je vous accompagne pour repérer d’où vient votre sentiment d’impuissance, retrouver de la prise là où c’est possible et avancer avec plus de clarté. Si vous reconnaissez surtout la tendance à attribuer vos réussites à la chance, l’article Syndrome de l’imposteur : démystifier et surmonter le phénomène prolonge cette réflexion. Vous avez souvent plus de prise que vous ne le croyez, et cela s’apprend.

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