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Burnout et stress

Termes clés et définitions : Comprendre les défis sur le lieu de travail

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire

Ce lexique réunit les mots qui reviennent le plus souvent quand on parle de mal-être au travail : burn-out, bore-out, brown-out, blur-out et rust-out. Il s'adresse à toute personne qui cherche à mettre un nom sur ce qu'elle traverse, ou sur ce que traverse un membre de son équipe. Pour chaque mot, vous trouverez une définition simple, sa cause principale, ses effets les plus fréquents et ce qui le distingue des autres. Viennent ensuite une grille de lecture commune, puis des repères pour savoir quand demander de l'aide.

Ces 5 mots se terminent tous par « -out », mais ils ne décrivent pas le même processus. Certains viennent du trop-plein, d'autres du vide, d'autres encore de la perte de sens ou de repères. Un seul d'entre eux, le burn-out, a une définition officielle, posée par une institution de santé. Les 4 autres viennent du vocabulaire courant du management et de la presse. Ils sont utiles pour décrire ce qui se passe. Mais aucun n'est un diagnostic, c'est-à-dire une conclusion qu'un professionnel de santé poserait après une évaluation.

Burn-out

Le burn-out est un épuisement causé par le travail. Il apparaît quand le stress professionnel dure longtemps et qu'on n'a pas réussi à le faire baisser. Depuis 2019, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le décrit dans la CIM-11. C'est sa classification internationale des maladies, la liste de référence qui sert à nommer les problèmes de santé. Elle le range parmi les phénomènes liés au travail, et non parmi les maladies. Autrement dit, le burn-out est reconnu comme un problème réel, qui pèse sur la santé. Mais l'OMS y voit une réaction au travail, pas une maladie en soi.

L'OMS le décrit par 3 caractéristiques qui vont ensemble. La première est un sentiment d'épuisement ou de perte d'énergie. La deuxième est une distance mentale qui grandit vis-à-vis de son travail : on s'en détache, on devient cynique ou négatif à son sujet. La troisième est une efficacité au travail qui diminue. En Belgique, le SPF Emploi, le service public fédéral chargé du travail, classe le burn-out parmi les manifestations des « risques psychosociaux ». Ce terme désigne les risques que l'organisation, le contenu, les conditions ou les relations de travail font peser sur la santé psychique, et parfois physique. Le stress et le harcèlement figurent aussi parmi ces manifestations. On voit circuler 2 orthographes, « burn-out » et « burnout ». Elles désignent la même chose. Ce lexique garde le trait d'union pour que le mot ressemble aux 4 autres termes en -out.

Sa cause principale est une forte pression au travail, ou un stress qui ne redescend jamais tout à fait. Mais la quantité de travail n'explique pas tout. Le manque d'autonomie, de reconnaissance ou de soutien compte tout autant, de même qu'un décalage durable entre ce que l'on fait et ce à quoi l'on tient. Les effets se voient d'abord dans le corps et dans l'humeur : une fatigue que le repos ne répare plus, un sommeil perturbé, de l'irritabilité, du mal à se concentrer. Ensuite, l'énergie et la motivation s'en vont, et les performances baissent.

Bore-out

On présente souvent le bore-out comme le contraire du burn-out. Il est plus juste de dire qu'il mène au même épuisement, mais par le chemin inverse. Ici, le problème n'est pas d'avoir trop à faire : c'est un travail qui ne stimule pas, qui n'intéresse pas. Le mot date de 2007 et a été proposé par 2 consultants suisses, Rothlin et Werder. Il vient donc du monde du conseil, pas de la recherche. L'ennui qui dure au travail, lui, a bien été étudié. L'article Burn-out vs bore-out présente une enquête finlandaise sur ce sujet. Elle montre que les personnes qui s'ennuient au travail signalent plus souvent des symptômes de stress, et jugent leur propre santé moins bonne. Ce type d'enquête montre que les deux vont ensemble ; il ne prouve pas à lui seul que l'ennui cause ces problèmes.

Sa cause principale n'est donc pas la charge de travail. Ce sont des tâches trop peu stimulantes ou trop peu nombreuses, ou des compétences que l'on n'utilise jamais vraiment. Les effets suivent la même logique inversée : un ennui et une frustration profonds, l'impression que ce que l'on fait n'a pas de sens. Avec le temps, la santé mentale comme la productivité peuvent se dégrader. Un trait lui est propre : la honte d'avoir trop peu à faire. S'en plaindre semble illégitime. Beaucoup de personnes font donc tout pour paraître occupées. Imaginez passer la journée à faire semblant d'être débordé(e) : cet effort de façade fatigue, et il s'ajoute à la fatigue du vide.

Un sablier en verre sur un bureau vide, son sable presque immobile dans la lumière du matin

Brown-out

Le brown-out décrit la perte de but ou de sens au travail. Le mot vient du vocabulaire de l'électricité, où il désigne une baisse de tension : la lumière faiblit, mais ne s'éteint pas. C'est l'image d'une personne qui continue à fonctionner, parfois très bien, mais qui ne voit plus la valeur de ce qu'elle fait. Peu à peu, elle se désengage : elle s'investit de moins en moins. Le brown-out naît d'un décalage entre les tâches confiées et des valeurs : celles de la personne, ou celles que l'organisation dit défendre. Par exemple, on doit atteindre des objectifs auxquels on ne croit pas, accomplir des tâches dont on ne voit jamais l'utilité, ou bâcler son travail alors que l'entreprise prône la qualité.

Ce qui le distingue du bore-out, c'est qu'on n'a pas forcément trop peu à faire. On a parfois beaucoup de travail, mais la question « à quoi bon ? » revient à chaque tâche. Le poste que l'on occupe finit alors par paraître absurde ou inutile. Le mot s'est répandu dans la presse spécialisée en management dans les années 2010. Le sens que l'on trouve à son travail, lui, est un facteur bien étudié du bien-être au travail.

Blur-out

Le blur-out, qu'on appelle aussi blurring (de l'anglais « blur », rendre flou), vient de frontières floues entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Le travail à distance et les outils numériques y jouent souvent un rôle : le temps de travail et le temps personnel se chevauchent, puis se confondent. Il en résulte une fatigue mentale diffuse, une difficulté croissante à décrocher, et un risque plus élevé de glisser vers le burn-out. C'est donc moins un état à part qu'un chemin vers le burn-out.

Pour comprendre pourquoi, il faut parler de récupération : la façon dont l'énergie revient après l'effort. La psychologue Sabine Sonnentag et ses collègues ont étudié ce processus. Leurs travaux montrent que se détacher mentalement du travail, c'est-à-dire cesser d'y penser en dehors des heures, est l'un des ingrédients qui permettent à l'énergie de revenir. Quand on lit ses mails à table et au lit, cette récupération se fait mal, et la fatigue s'accumule. Tout le monde n'a pas le même besoin de séparer les deux. Certaines personnes travaillent bien en mélangeant vie pro et vie perso, d'autres ont besoin de coupures nettes. Le problème apparaît quand ce mélange est subi plutôt que choisi. En 2022, la Belgique a d'ailleurs renforcé, dans les entreprises d'une certaine taille, les règles sur le droit à la déconnexion, qui encadrent les contacts professionnels en dehors du temps de travail. Si ce sujet vous parle, l'accompagnement équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est pensé pour cela.

Un ordinateur portable fermé sur une table de cuisine, entre une assiette et un bouquet

Rust-out

« Rust » veut dire « rouille » en anglais. Le rust-out est une usure lente, à l'opposé du burn-out où l'on se consume. Des routines monotones ou une carrière qui n'évolue plus installent un sentiment de stagnation et d'insatisfaction. Le terme vient de textes en anglais sur le stress au travail. Ces textes opposent 2 situations : être surchargé d'un côté, être sous-utilisé de l'autre. Le rust-out désigne ce second versant.

Bore-out et rust-out sont parfois employés l'un pour l'autre. Aucune définition établie ne les sépare. Une nuance pratique aide toutefois, sans être une frontière reconnue : l'échelle de temps. Le bore-out parle de la journée, trop vide ou trop plate. Le rust-out parle du parcours, de ces années où l'on n'apprend plus et où l'on ne progresse plus. Avec le temps, des compétences que l'on n'utilise plus se perdent. La confiance en ses propres capacités s'effrite. L'insatisfaction devient démotivation, puis l'engagement et les performances finissent par baisser.

Une vieille roue en bois contre un mur clair, sa jante couverte de mousse et de lierre

Une grille de lecture commune : trop, trop peu, sans sens, sans limite

Pour situer ces 5 mécanismes, les psychologues du travail utilisent souvent un modèle, c'est-à-dire une façon simple d'organiser ce que l'on observe. Ce modèle « exigences et ressources » a été proposé en 2001 par les chercheurs Demerouti, Bakker et leurs collègues. Il sépare 2 choses. D'un côté, ce que le travail nous demande : la quantité de travail, le rythme, la pression. On parle d'« exigences ». De l'autre, ce que le travail nous donne pour tenir : autonomie, soutien, reconnaissance, occasions d'apprendre, sens. On parle de « ressources ». Quand les exigences sont trop élevées, on va surtout vers l'épuisement. Quand les ressources manquent, on va surtout vers le désengagement.

Dans cette grille, le burn-out vient d'exigences qui dépassent durablement les ressources. Le bore-out et le rust-out viennent à la fois d'exigences trop faibles et de ressources qui manquent : pas assez de défis, pas assez d'occasions d'apprendre. Le brown-out signale qu'une ressource précise fait défaut : le sens. Le blur-out décrit des exigences qui ne s'arrêtent jamais. Elles empêchent la récupération, et sans récupération, l'énergie ne revient pas. Puisque la cause n'est pas la même, la solution non plus. Par exemple, une surcharge et un poste vide de défis ou de sens ne demandent pas les mêmes changements.

Quelques questions aident à voir de quel côté penche votre situation :

  • Quand je me repose vraiment, un week-end ou une semaine, l'énergie revient-elle ?
  • Ce qui m'use, est-ce le trop ou le trop peu ?
  • Ce que je fais chaque jour a-t-il encore un sens à mes yeux, même quand c'est fatigant ?
  • Est-ce que je parviens à décrocher le soir, ou le travail continue-t-il dans ma tête ?
  • Ai-je appris ou progressé au cours de la dernière année ?

La première question indique si le repos suffit encore. Les suivantes renvoient au trop (burn-out) ou au trop peu (bore-out), au sens (brown-out), aux limites (blur-out) et à la progression (rust-out).

Récapitulatif en un coup d'œil

  • Burn-out : un stress au travail qui dure, et qui mène à l'épuisement, au détachement et au sentiment de ne plus être efficace.
  • Bore-out : des tâches trop peu nombreuses ou trop peu stimulantes, qui laissent l'ennui, la frustration et un sentiment de vide.
  • Brown-out : une perte de sens dans les tâches, qui provoque désengagement et démotivation, même chez quelqu'un qui reste productif.
  • Blur-out : des limites floues entre vie professionnelle et vie privée, qui gênent la récupération et ouvrent la voie au burn-out.
  • Rust-out : une routine monotone ou une absence de progression sur la durée, qui installe stagnation et insatisfaction.

À partir de quand faut-il s'en préoccuper ?

Une fatigue passagère après une période chargée, moins d'entrain sur un projet peu intéressant, un mois de télétravail mal organisé : tout cela fait partie d'une vie professionnelle normale. Le plus souvent, du repos ou un ajustement suffit. Ce qui doit alerter, c'est combien de temps cela dure et jusqu'où cela s'étend. Ce n'est plus un simple creux quand cet état persiste plusieurs semaines, quand le repos ne répare plus, quand le sommeil, l'humeur ou les relations hors du travail commencent à en souffrir.

Vous reconnaître dans l'une de ces descriptions ne veut pas dire que vous « avez » un burn-out ou un bore-out. Ces mots décrivent des mécanismes, c'est-à-dire des façons dont le travail peut user. Ils ne servent pas à étiqueter une personne, et aucun ne remplace une évaluation par un professionnel. Si des symptômes physiques ou une humeur basse s'installent, le médecin généraliste reste la première personne à consulter. C'est d'autant plus important que burn-out et dépression se recoupent fortement : ils partagent beaucoup de symptômes. Des chercheurs débattent même de l'endroit où passe la frontière entre les deux. En parallèle, un psychologue du travail peut vous aider à repérer ce qui, dans votre situation professionnelle, entretient le problème, et ce qui peut changer.

En résumé

  • Le mal-être au travail ne vient pas seulement du trop-plein : le vide, la perte de sens et l'absence de limites usent tout autant.
  • Seul le burn-out est défini par une institution, l'OMS ; les 4 autres mots décrivent des mécanismes utiles à connaître, mais ce ne sont pas des diagnostics.
  • Chaque mot met l'accent sur une cause différente, qui recoupe parfois celle d'un autre, et demande une réponse adaptée : un trop, un trop peu, un manque de sens ou un manque de récupération.
  • Les effets, eux, se ressemblent : fatigue, démotivation et baisse des performances signalent qu'il est temps de regarder de plus près.
  • Mettre le bon mot sur ce que l'on vit est un premier pas : cela permet d'en parler et d'agir sur la bonne cause, avec de l'aide si cet état dure.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si vous vous reconnaissez dans l'une de ces descriptions, sachez qu'il est possible d'agir sur ces situations, avec un accompagnement adapté. Je vous accompagne en cas de burn-out ou de bore-out pour comprendre ce qui vous épuise réellement, remettre du sens et retrouver un rythme tenable. Vous pouvez réserver un premier échange via la page rendez-vous.

Si vous êtes employeur, manager ou responsable des ressources humaines, la page accompagnement en entreprise décrit ce que je propose pour prévenir l'épuisement au sein d'une équipe.

Pour aller plus loin : Burn-out et bore-out, comment les identifier et les surmonter et Micro-burnout, peut-on s'épuiser sans s'en rendre compte ?.

Nommer ce que l'on traverse, c'est déjà commencer à en sortir.

Fatigue, doutes, envie de changement ? Vous n’avez pas à traverser cela seul(e).

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