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Talents cachés : Comment la compétence inconsciente façonne votre succès ?

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire

Certaines de vos forces ne figurent sur aucun CV. Elles échappent souvent à ce que l'on voit et à ce que l'on mesure, mais elles contribuent en silence à votre réussite : trouver d'instinct la solution à un problème, guider une équipe en restant attentif à ce que chacun ressent. Ce sont des compétences inconscientes, que vous utilisez sans vous en rendre compte. On peut les appeler vos talents cachés. Cet article s'adresse à celles et ceux qui sentent que leur valeur professionnelle dépasse la liste de leurs diplômes, et qui aimeraient mettre des mots dessus. Vous y verrez d'où vient la notion de compétence inconsciente et à quels signes repérer vos talents cachés. Vous verrez aussi pourquoi ils sont si difficiles à voir soi-même, et comment en faire des atouts pour votre carrière.

Qu'est-ce qu'un talent caché ?

Qu'est-ce qu'un talent caché ? Une compétence ou une force que vous exercez avec facilité, sans y prêter attention, et que vous ne pensez donc pas à nommer ni à mettre en valeur. Elle vous paraît banale parce qu'elle ne vous coûte aucun effort. Pour les autres, pourtant, elle est loin d'être évidente.

Pensez au collègue qui apaise les conflits sans paraître y réfléchir, ou à l'amie qui transforme spontanément des idées abstraites en plans réalisables. Pour la personne qui les possède, ces capacités semblent aller de soi, comme une seconde nature. Vues de l'extérieur, elles sont remarquables. Le philosophe Michael Polanyi a résumé ce décalage en une phrase restée célèbre : nous en savons plus que nous ne pouvons en dire. Il appelait cela la connaissance tacite : un savoir-faire que l'on utilise sans parvenir à l'expliquer. Par exemple, vous reconnaissez un visage parmi 1 000 autres, mais vous seriez bien en peine de dire comment vous faites.

On aime imaginer qu'un talent caché est un don reçu à la naissance. La psychologie invite à plus de nuance. Le tempérament, c'est-à-dire nos façons de réagir présentes dès la petite enfance, joue sans doute un rôle. Mais beaucoup de ces compétences ont probablement été apprises, simplement sans que l'on s'en aperçoive. Les chercheurs parlent d'apprentissage implicite : apprendre sans savoir que l'on apprend. Ce champ de recherche a été ouvert par Arthur Reber à la fin des années 1960. Ces recherches ont montré que nous pouvons absorber des régularités, c'est-à-dire des règles qui se répètent, sans nous en rendre compte et sans pouvoir les formuler ensuite. Ces résultats viennent surtout d'expériences en laboratoire, avec des exercices conçus pour l'occasion, et pas directement de la vie de tous les jours. Pour les talents de la vie courante, c'est donc une explication probable plutôt que démontrée. Une enfance passée à arbitrer les tensions familiales, des années de sport collectif, un premier emploi au contact du public : chacune de ces expériences a peut-être servi de terrain d'entraînement. Il n'en reste parfois qu'une aisance, que l'on prend pour un trait naturel.

Les 4 stades de la compétence

La notion de compétence inconsciente vient d'un modèle très utilisé en formation : les 4 stades de la compétence. On l'attribue souvent au psychologue Abraham Maslow, mais c'est une erreur. Le modèle apparaît dans les écrits sur la formation dès les années 1960. Il a ensuite été popularisé dans les années 1970 par Noel Burch, de la société Gordon Training International. Ce n'est pas une théorie validée scientifiquement : la recherche n'a pas vérifié que l'on apprend toujours en passant par ces 4 stades. C'est une grille de lecture : une façon simple et utile de regarder comment on apprend.

Au départ, on est inconsciemment incompétent : on ne sait pas faire, et on ne se rend même pas compte de ce qui nous manque. Ensuite, on devient consciemment incompétent : on mesure l'écart entre ce que l'on sait faire et ce qu'il faudrait savoir faire. C'est souvent le moment le plus inconfortable. Vient alors la compétence consciente : on réussit, mais à condition de s'appliquer à chaque geste. C'est le cas du conducteur débutant, qui doit penser au rétroviseur, au clignotant et à l'embrayage. Enfin arrive la compétence inconsciente : l'action est devenue automatique, on l'exécute sans y penser.

Les talents cachés se trouvent dans ce quatrième stade, avec une particularité. Les 3 premières étapes ont été traversées si tôt, ou si progressivement, que l'on n'en garde aucun souvenir. On se retrouve compétent sans s'être jamais vu apprendre. La neuropsychologie, qui étudie les liens entre le cerveau et le comportement, aide à comprendre cette expérience. Quand une habitude devient automatique à force de répétition, elle s'appuie en partie sur d'autres zones du cerveau que celles qui gardent nos souvenirs conscients, comme le souvenir d'un événement ou d'une leçon. Le savoir-faire et le souvenir de l'avoir appris ne dépendent donc pas entièrement des mêmes zones. C'est pourquoi on peut savoir faire quelque chose parfaitement sans pouvoir raconter comment on l'a appris.

Signes que vous avez peut-être des talents cachés

Ces compétences ne s'annoncent pas, mais elles laissent des traces. La première est une facilité que vous ne vous expliquez pas. Si vous accomplissez sans effort des tâches qui bloquent vos collègues, une compétence inconsciente est probablement à l'œuvre. La deuxième trace, ce sont les demandes que l'on vous adresse, toujours dans les mêmes domaines. Vos collègues ou vos proches se tournent naturellement vers vous là où vous excellez, parfois sans que vous l'ayez remarqué.

Il existe 2 autres signaux, plus personnels, qui méritent votre attention. Le premier : certaines activités vous absorbent au point de vous faire oublier l'heure. Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi a décrit ce sentiment d'être pleinement dans son élément sous le nom de flow (un mot anglais qui signifie « flux »). Il apparaît justement quand une tâche fait appel à des capacités que l'on maîtrise bien, face à un défi à leur mesure, ni trop facile ni trop difficile. Le second : les compliments inattendus. Si l'on vous félicite régulièrement pour des compétences que vous ne travaillez pas activement, prenez-en note au lieu de balayer la remarque d'un « oh, ce n'est rien ».

Un bassin d'eau claire où l'on devine des galets et une racine sous la surface calme

Le revers de la compétence inconsciente

Un talent qui fonctionne tout seul a aussi ses angles morts : des choses qu'il nous empêche de voir.

Le premier est la difficulté à transmettre. Ce que l'on fait sans y penser est difficile à expliquer, et l'on sous-estime ce que cela demande à un débutant. La chercheuse Pamela Hinds, de l'université Stanford, l'a montré en 1999. Elle a demandé à des experts d'estimer le temps qu'un débutant mettrait à accomplir une tâche technique. Les experts ont nettement sous-estimé ce temps. Les chercheurs en éducation ont donné un nom à ce phénomène : l'angle mort de l'expert. Plus on maîtrise un domaine, moins on perçoit ce qui est difficile pour un débutant. Si vous formez des collègues ou si vous enseignez, la consigne « c'est simple, regarde » n'aide donc pas la personne pour qui rien n'est encore automatique.

Le deuxième revers est la tendance à se sous-estimer. Ce qui nous vient facilement nous semble à la portée de tout le monde. Kruger et Dunning l'ont observé en 1999, dans une étude devenue une référence. Ils ont demandé aux participants de situer leur résultat par rapport à celui des autres. Les plus performants se plaçaient en dessous de leur niveau réel, parce qu'ils supposaient que la tâche avait été aussi facile pour les autres que pour eux. Cette étude est surtout connue pour l'erreur inverse, l'effet Dunning-Kruger : les participants les moins performants surestimaient leur résultat par rapport à celui des autres. Le talent caché en est en quelque sorte le miroir : quand on maîtrise très bien quelque chose, on risque plutôt de se croire ordinaire. Poussé plus loin, ce mécanisme peut nourrir le syndrome de l'imposteur : on attribue alors ses réussites à la chance plutôt qu'à ses capacités.

Le troisième revers est la rigidité des automatismes. Une compétence devenue inconsciente se déclenche parfois là où elle ne convient plus. Imaginez une personne qui a toujours su apaiser les tensions, une médiatrice-née : elle arrondit les angles par réflexe, alors qu'un désaccord franc serait plus sain. Prendre conscience d'un talent, c'est retrouver la liberté de choisir quand l'utiliser.

Un exemple : le stratège silencieux

Prenons un exemple, fictif mais très courant. Nicolas est responsable marketing, connu pour son calme quand la pression monte. Il n'a jamais été formé à la gestion de crise. Pourtant, en cas d'urgence, il trouve des solutions rapides et efficaces, ce qui lui a valu le surnom de « stratège silencieux ». Au départ, Nicolas n'avait pas conscience de ce talent. Il n'en a mesuré la valeur qu'après avoir été félicité, encore et encore, par ses pairs, et le jour où une collègue lui a demandé comment il faisait.

Pour répondre, il a dû découper en étapes ce qu'il faisait d'instinct : trier ce qui peut attendre et ce qui ne le peut pas, proposer une première action simple pour que l'équipe reprenne pied, remettre à plus tard l'analyse de ce qui s'était passé. Une fois cette force nommée, il a pu la présenter en entretien avec des exemples précis. Il a ensuite pu viser des postes de direction, pour s'en servir de manière volontaire.

Une lanterne de verre à la flamme droite posée sur une terrasse de bois un soir venteux

Comment découvrir vos talents cachés

  1. Relisez vos succès passés : identifiez les moments où vous avez excellé sans effort, au travail comme ailleurs. Que faisiez-vous concrètement, étape par étape ?
  2. Interrogez votre entourage : demandez à vos proches et à vos collègues quels points forts ils observent chez vous, et dans quelles situations ils pensent à vous en premier.
  3. Expliquez votre façon de faire à quelqu'un : transmettre oblige à décrire chaque geste. Si vous avez du mal à l'expliquer, une compétence inconsciente se cache probablement derrière.
  4. Expérimentez de nouveaux rôles ou projets : un contexte inhabituel révèle des compétences qui dormaient jusque-là, parce que vos routines ne suffisent plus.
  5. Utilisez les outils d'auto-évaluation avec prudence : les questionnaires sur vos forces ou votre personnalité donnent des pistes et des mots pour vous décrire. Confrontez-les à votre expérience réelle, plutôt que de les prendre comme un verdict.

Cultiver ses talents cachés pour réussir

Une fois vos talents cachés identifiés, cherchez des rôles ou des responsabilités qui font appel à ces capacités particulières. Ensuite, développez des compétences complémentaires. Associer un talent inconscient à un apprentissage conscient vous fait progresser de façon plus complète. Le stratège silencieux pourrait par exemple se former à la gestion de projet pour donner un cadre à son instinct. Enfin, mettre vos talents au service des autres les cultive aussi, d'une façon moins évidente : pour transmettre, il faut comprendre ce que l'on fait.

Un talent nommé devient aussi un argument. En entretien, plutôt que de dire simplement « je suis bon en gestion de crise », racontez une situation précise : ce que vous avez fait et ce que cela a produit. C'est souvent en changeant de poste, ou en envisageant une transition de carrière, que l'on découvre que ses compétences les plus solides n'ont jamais été formulées.

Une jeune plante rempotée dans un pot de terre plus grand, un arrosoir posé à côté

Au-delà de vous : ce que les talents cachés apportent aux équipes

Une organisation avance mieux lorsque ses collaborateurs peuvent s'appuyer sur leurs forces. Des chercheurs ont étudié ce qui se passe quand les gens utilisent leurs points forts au travail. En 2020, le Journal of Happiness Studies, une revue scientifique consacrée au bien-être, a publié une revue de littérature sur ces travaux, c'est-à-dire une synthèse des études déjà publiées. Ces recherches associent l'utilisation des forces à davantage de satisfaction, d'engagement et de bien-être, ainsi qu'à de meilleures performances. Ce sont des liens observés, pas des preuves que l'un cause l'autre. Par exemple, il est possible que des personnes déjà épanouies osent davantage utiliser leurs forces. Mais les différentes études vont dans le même sens. Pour un responsable d'équipe, cela commence par une question simple : qui fait bien une chose que personne n'a jamais nommée ?

Accueillir l'inconnu en vous

Vos talents cachés façonnent peut-être déjà votre chemin sans que vous vous en rendiez compte. En y prêtant attention, vous mettez des mots sur ce qui vous fait avancer. Vous retrouvez aussi la possibilité d'en faire un choix plutôt qu'un réflexe. Voici 3 questions à garder sous la main pendant une semaine :

  • Qu'est-ce que l'on vient me demander, au travail ou à la maison, que je trouve facile ?
  • Quel compliment ai-je récemment écarté d'un « ce n'est rien » ?
  • Dans quelle activité ai-je perdu la notion du temps ces derniers mois ?

En résumé

  • Un talent caché est une compétence exercée avec tant de facilité que l'on oublie de la nommer. Le plus souvent, elle a été apprise sans que l'on s'en aperçoive.
  • La compétence inconsciente est le quatrième stade d'un modèle d'apprentissage popularisé par Noel Burch dans les années 1970, et non par Maslow.
  • Elle se repère à 4 signaux : une facilité inexpliquée, des demandes répétées, le sentiment d'être dans son élément, des compliments inattendus.
  • Ses revers : difficulté à transmettre, tendance à se sous-estimer, automatismes qui se déclenchent au mauvais moment.
  • Pour la mettre au jour : relire ses réussites, interroger son entourage, expliquer sa façon de faire, expérimenter de nouveaux rôles.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Repérer seul ce que l'on fait « naturellement » est difficile, précisément parce que cela ne demande aucun effort. Je vous accompagne en coaching professionnel et personnel pour mettre des mots sur vos forces, comprendre d'où elles viennent et décider où les investir dans votre parcours. Vous pouvez réserver une première séance via la page rendez-vous.

Pour aller plus loin : Le voyage du héros comme cadre de réflexion pour une reconversion et Les défis professionnels des HPI (personnes à haut potentiel intellectuel).

Ce que vous faites sans y penser mérite d'être nommé, et cultivé.

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