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Confiance en soi

Pourquoi la peur du succès peut saboter votre carrière

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire

Cet article explique comment la peur du succès peut saboter votre carrière, souvent sans que vous en ayez conscience. Il s’adresse à vous si vous repoussez les occasions d’évoluer, si vous minimisez vos réussites ou si l’idée d’être plus visible vous met mal à l’aise. Vous y trouverez les signes qui montrent que vous sabotez peut-être vos propres chances, ce qui alimente cette peur, comment la distinguer d’un choix assumé, et 6 pistes pour avancer.

Le succès est désirable, pourtant, pour beaucoup, il peut s’avérer étonnamment intimidant

La peur de l’échec est largement connue. La peur du succès, elle, passe souvent inaperçue, parce qu’elle ressemble à de la prudence, à de la modestie ou à un manque de temps. Elle peut pourtant empêcher des personnes compétentes de donner leur pleine mesure. Elle les pousse à se mettre elles-mêmes des bâtons dans les roues, ce que l’on appelle l’auto-sabotage. Elle les pousse aussi à remettre à plus tard les projets qui comptent, ou à refuser d’évoluer. Ce report a un nom, la procrastination, au sens précis du terme : on repousse volontairement une action prévue, tout en sachant que ce retard nous coûtera.

Qu’est-ce que la peur du succès ?

La peur du succès, c’est une sorte de frein intérieur : une partie de nous veut réussir, une autre résiste, parce qu’elle s’inquiète de ce que la réussite va entraîner. La différence avec la peur de l’échec tient à ce qui fait peur. La peur de l’échec porte sur le risque de ne pas y arriver. La peur du succès concerne ce qui vient après : les attentes plus fortes, le regard des autres, la perte de ses repères habituels.

L’idée n’est pas nouvelle. À la fin des années 1960, la psychologue américaine Matina Horner a décrit des étudiantes partagées face à la réussite : elles la souhaitaient et la redoutaient à la fois. Elle a appelé ce phénomène la « motivation à éviter le succès ». À l’époque, la société jugeait souvent l’ambition incompatible avec la féminité. Les recherches suivantes ont nuancé ce tableau sur plusieurs points. Les hommes décrivent eux aussi des craintes liées au succès. La différence entre femmes et hommes ne s’est pas retrouvée de façon constante d’une étude à l’autre. Enfin, les chercheurs ne s’accordent toujours pas sur la meilleure façon de mesurer cette peur. Aujourd’hui, on la comprend moins comme un trait de caractère fixé une fois pour toutes que comme une anxiété à l’égard des conséquences de la réussite. Cette anxiété est plus ou moins forte selon les personnes et selon les moments de la vie. Ce n’est ni un diagnostic ni une étiquette qui classerait les gens en catégories. C’est un mécanisme dont beaucoup de personnes reconnaissent certains aspects chez elles.

Ces inquiétudes prennent plusieurs formes. Il y a d’abord les attentes plus fortes : plus on réussit, plus les responsabilités et la pression augmentent. Il y a ensuite la peur du changement, car le succès bouscule les habitudes et une position que l’on maîtrise. Viennent aussi la culpabilité et la crainte de se retrouver seul(e), quand on a l’impression de dépasser ses collègues ou ses amis, ses parents ou le milieu dont on vient. Souvent s’y mêle le sentiment d’imposture : on doute de ses capacités et on redoute que les autres finissent par « découvrir » qu’on ne mérite pas sa place. Les deux se recoupent en partie, sans se confondre. Le sentiment d’imposture porte surtout sur ce que l’on a déjà accompli (« je ne mérite pas ce que j’ai obtenu »). La peur du succès porte sur ce que la réussite pourrait entraîner (« qu’est-ce qui va m’arriver si ça marche ? »). Reste enfin la peur d’être vu(e) : le succès attire l’attention, et parfois les critiques.

Une porte de bois entrouverte sur une pièce baignée de lumière, laissant passer un rai clair sur le sol

Signes que vous pourriez saboter votre propre succès

Pour sortir de ces comportements qui vous limitent, il faut d’abord les repérer. Voici les signes que l’on rencontre souvent.

1. Procrastination sur les objectifs majeurs

Vous remettez sans cesse à plus tard des tâches ou des projets importants, alors que vous avez tout à fait les moyens de les mener à bien.

2. Minimisation de ses réussites

Quand vous réussissez quelque chose, vous l’expliquez par la chance, les circonstances ou l’aide reçue, plutôt que par vos compétences ou vos efforts.

3. Évitement des occasions d’avancement

Vous refusez une promotion, un poste de direction ou un nouveau défi par crainte d’avoir plus de responsabilités. Ou vous renoncez à postuler.

4. Habitudes autodestructrices, ou l’art de s’auto-saboter

Vous adoptez des comportements qui freinent vos progrès. Par exemple, un perfectionnisme qui vous empêche de rendre votre travail, une autocritique excessive, le refus de prendre le moindre risque, ou une préparation bâclée avant un entretien décisif.

Qu’est-ce que l’auto-handicap ? C’est le fait de se créer soi-même un obstacle avant une épreuve importante : s’y prendre trop tard, se coucher tard la veille. Si l’on échoue, on pourra se dire que c’est à cause de cet obstacle, et non par manque de capacités. Les psychologues Steven Berglas et Edward Jones ont décrit ce mécanisme en 1978. Il protège l’estime de soi, c’est-à-dire l’image et la valeur que l’on s’accorde. Mais il a un prix : les résultats sont moins bons. C’est une forme précise d’auto-sabotage : on se met soi-même un bâton dans les roues.

5. Inconfort face aux compliments ou à la reconnaissance

Vous détournez les éloges, ou vous vous sentez mal à l’aise quand on vous fait un retour positif.

6. Privilégier les besoins des autres au détriment de ses ambitions

Vous faites systématiquement passer les besoins des autres avant vos propres objectifs. Par exemple, vous reprenez les dossiers de vos collègues au point de ne plus avoir de temps pour le projet qui vous ferait avancer. Souvent, c’est une manière d’éviter ce qui vous fait peur, sans que vous en ayez conscience.

Peur du succès ou choix lucide ?

Tous ces comportements ne viennent pas forcément d’une peur. Refuser une promotion parce qu’elle impliquerait des déplacements incompatibles avec votre vie de famille, ou parce que diriger une équipe ne vous attire pas, est un choix légitime. Ce qui distingue un choix assumé d’un évitement, ce n’est pas la décision elle-même, c’est la manière dont elle est prise. Quelques questions peuvent vous aider à y voir clair :

  • Quand je dis non, est-ce que je me sens apaisé(e), en accord avec moi-même, ou surtout soulagé(e) d’avoir échappé à quelque chose, avec un regret qui revient ensuite ?
  • Mes raisons de refuser changent-elles selon la personne à qui j’en parle ?
  • Ce schéma se répète-t-il d’un poste à l’autre, avec des justifications différentes à chaque fois ?
  • Si j’étais certain(e) que tout se passerait bien, est-ce que je prendrais la même décision ?

Si la dernière question vous fait hésiter, le problème tient moins à votre projet qu’à ce que vous redoutez autour de lui. C’est ce type de nœud que l’on peut dénouer en coaching en prise de décision.

La psychologie derrière la peur du succès

La peur du succès prend racine dans l’histoire de chacun et dans son environnement social. Une première source remonte souvent à l’enfance. Les messages reçus des parents, des enseignants ou de l’entourage, du type « Ne prends pas la grosse tête », finissent par devenir des convictions sur le succès. Les psychologues parlent de croyances limitantes.

Qu’est-ce qu’une croyance limitante ? C’est une conviction profonde qui nous freine. Elle nous fait croire que nous ne sommes pas capables, pas assez bons ou pas légitimes pour atteindre certains objectifs. Ou bien elle nous fait croire que les atteindre nous coûtera quelque chose d’essentiel.

La culture et la société prolongent ces messages. Le succès y est parfois associé à l’arrogance, à l’égoïsme ou à la solitude, ce qui pousse à se retenir pour rester « à sa place ». Dans certaines familles ou certains milieux, réussir plus que les siens réveille une loyauté invisible. C’est un attachement aux siens, déjà là depuis longtemps, mais dont on n’a pas conscience. Au moment de réussir, il donne l’impression qu’avancer revient à les trahir, ou à les laisser derrière soi.

Un autre mécanisme aide à comprendre pourquoi le sabotage survient parfois à la dernière marche. Imaginez un objectif qui vous attire et vous inquiète à la fois, comme un nouveau poste. Tant qu’il est lointain, c’est surtout l’envie qui domine. Mais à mesure qu’il se rapproche, la part inquiétante grandit plus vite que la part désirable. On avance avec entrain, puis on hésite, puis on recule au moment où le but est à portée de main. C’est la candidature abandonnée la veille de l’entretien, ou le projet qui traîne à 90 % de son avancement. Les psychologues appellent ce tiraillement le conflit approche-évitement.

À cela s’ajoute ce que la réussite fait perdre : des repères, une routine, une position où l’on sait ce que l’on vaut. Or nous accordons plus de poids à ce que nous risquons de perdre qu’à ce que nous pourrions gagner, comme l’explique l’article sur les mécanismes psychologiques de la résistance au changement. Enfin, comme bien des peurs, celle du succès peut s’entretenir elle-même par l’évitement. Chaque fois que vous déclinez une occasion, l’anxiété baisse sur le moment, ce qui soulage. Mais à long terme, elle se renforce, car vous ne vivez jamais l’expérience qui vous montrerait que la réussite était supportable.

Un cerf-volant clair prêt à s’envoler, retenu au sol par une ficelle trop courte nouée à un piquet de jardin

Comment surmonter la peur du succès ?

Sortir de l’auto-sabotage demande un effort conscient et un peu de temps pour s’observer soi-même. Aucune recette ne fait disparaître cette peur d’un coup. Mais en combinant les pistes qui suivent, et en les pratiquant dans la durée, vous pouvez peu à peu réduire son emprise.

1. Identifier ses croyances limitantes

Une question simple fait remonter ce que vous pensez du succès : « Que se passerait-il de pire si cela marchait ? » Les réponses parlent souvent de stress, de solitude, de perte de liberté ou du regard des proches. Les mettre en mots permet de les comparer aux faits. Ces conséquences sont-elles probables, ou viennent-elles d’un message ancien ?

2. Redéfinir le succès selon vos propres termes

Réussir n’oblige pas à sacrifier son bien-être, ni à suivre le modèle de quelqu’un d’autre. Définissez ce que le succès représente pour vous : une stabilité financière, un épanouissement créatif, plus d’autonomie, ou un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Une ambition qui correspond à vos valeurs fait moins peur qu’un objectif poursuivi surtout pour répondre aux attentes des autres.

3. Passer d’une logique de menace à une logique d’apprentissage

Il s’agit de changer la question que vous vous posez face à une nouvelle étape. Plutôt que « Vais-je être à la hauteur ? », demandez-vous « Qu’est-ce que cette étape va m’apprendre ? ». L’inconfort ne disparaît pas. Mais il devient le signe que vous progressez, plutôt que la preuve d’un danger.

4. Pratiquer l’autocompassion et reconnaître ses réussites

L’autocompassion, c’est se traiter avec la même bienveillance que l’on aurait pour un ami. Accueillez vos succès sans culpabilité et sans les minimiser. Tenir un journal de vos réussites, même modestes, vous aide à garder en mémoire ce qui fonctionne. Les jours où le doute revient, vous avez ainsi des preuves concrètes sous les yeux.

5. Rechercher du mentorat et du soutien

Entourez-vous de mentors ou de pairs (des personnes dans une situation proche de la vôtre) qui ont traversé des peurs semblables. Voir que d’autres ont réussi sans devenir arrogants ni se retrouver seuls contredit, par l’exemple, les croyances qui vous freinent.

6. Faire de petits pas constants vers vos objectifs

Face aux peurs, un principe a fait ses preuves : s’approcher par étapes de ce que l’on redoute. On l’appelle l’exposition progressive. Appliqué au succès, cela peut vouloir dire accepter un compliment sans le détourner, présenter son travail devant une petite équipe avant une grande, ou postuler sans se dire d’avance que l’on refusera. Chaque étape franchie vous apporte une expérience que la peur n’avait pas prévue : vous avez avancé, et c’était supportable.

Si, malgré ces efforts, l’évitement se répète de poste en poste, ou si l’anxiété s’accompagne d’un sommeil perturbé, d’une tension permanente ou d’un découragement qui dure, il est utile d’en parler à un professionnel qualifié.

Une guirlande de petits fanions clairs tendue devant une fenêtre ensoleillée, au-dessus d’une plante

En résumé

  • La peur du succès est bien moins connue que la peur de l’échec, car elle se déguise en prudence ou en modestie. Elle porte sur ce qui vient après la réussite.
  • Elle se repère à des comportements précis : remettre à plus tard les projets qui comptent, minimiser ses réussites, refuser les occasions d’avancement, être mal à l’aise face aux compliments.
  • Elle se nourrit de croyances installées tôt, d’un attachement inconscient à son milieu, et d’un tiraillement entre l’attrait du but et la menace qu’il représente.
  • Un refus n’est pas toujours un évitement : décideriez-vous la même chose sans la peur ?
  • On la dépasse en questionnant ces croyances, en redéfinissant le succès à sa manière et en s’approchant par petits pas de ce que l’on redoute.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si vous vous reconnaissez dans ces schémas, je vous accompagne en coaching professionnel et personnel pour identifier les croyances qui vous freinent, redéfinir ce que réussir veut dire pour vous et avancer vers vos objectifs sans les saboter en chemin. Votre ambition n’est pas un fardeau, c’est une force.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire Syndrome de l’imposteur : démystifier et surmonter le phénomène et Talents cachés : comment la compétence inconsciente façonne votre succès.

Vous avez le droit de réussir, et de vous en réjouir.

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