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Haut potentiel

Explorer l'interaction entre le HPI, le HPE et le syndrome de l'imposteur

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire

Cet article explore le lien entre 3 notions souvent confondues : le HPI, le HPE et le syndrome de l'imposteur. Elles peuvent se croiser chez une même personne, sans que l'une entraîne les autres. Vous y trouverez de quoi les distinguer, les mécanismes qui font douter les hauts potentiels d'eux-mêmes, des leviers pour retrouver confiance et des repères pour savoir quand se faire accompagner. Il s'adresse aux personnes qui réussissent sans jamais se sentir légitimes.

Comprendre la relation entre le HPI, le HPE et le syndrome de l'imposteur

Pensée analytique, créativité, finesse relationnelle : les personnes à haut potentiel intellectuel (HPI) et celles que l'on dit à haut potentiel émotionnel (HPE) apportent des atouts précieux au travail. Ces qualités peuvent pourtant nourrir le syndrome de l'imposteur, ce doute persistant de ne pas mériter sa place. C'est surtout la manière dont elles ont été vécues depuis l'enfance qui joue ce rôle.

Définir le HPI, le HPE et le syndrome de l'imposteur

Haut Potentiel Intellectuel (HPI)

Le haut potentiel intellectuel désigne, par convention, une façon de raisonner, de comprendre et d'apprendre nettement au-dessus de la moyenne. Il est identifié lors d'un bilan chez un psychologue, avec des tests d'intelligence standardisés (dits psychométriques), le plus souvent les échelles de Wechsler : la WAIS pour l'adulte, le WISC pour l'enfant. Ces tests donnent un score de quotient intellectuel (QI), calculé pour que la moyenne soit à 100. On parle de HPI quand le score global atteint 130 ou plus. Cela concerne un peu plus de 2 % de la population, soit un peu plus de 1 personne sur 50. Ce seuil est une limite pratique, pas une frontière : rien ne change brusquement à 130.

Les personnes à HPI raisonnent en général très vite, sont à l'aise avec les idées abstraites et ont soif de connaissances. Le revers, chez une partie d'entre elles : l'ennui dès qu'une tâche manque de complexité, ou une pression perfectionniste (l'exigence de tout faire parfaitement) que personne ne leur demande. Le HPI n'est ni un trouble ni un diagnostic, et les profils sont très divers.

Haut Potentiel Émotionnel (HPE)

Le terme de haut potentiel émotionnel n'a pas le même statut. Il ne correspond à aucune notion que la recherche a définie avec précision puis validée. Aucun test ne le mesure, et ce n'est pas un diagnostic. Cette étiquette populaire mêle en général 2 notions que la recherche distingue. La première est l'intelligence émotionnelle, soit l'aptitude à percevoir et comprendre les émotions. La seconde est la haute sensibilité décrite par la psychologue Elaine Aron, soit une sensibilité plus marquée à ce qui se passe en soi et autour de soi. Les personnes qui s'y reconnaissent disent souvent saisir finement les émotions des autres et ce qui se joue entre collègues, et parfois s'épuiser à force de prendre sur elles le stress des autres. Dans cet article, « HPE » désigne donc une manière de fonctionner, pas une catégorie de personnes établie par un test.

Syndrome de l'imposteur

Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur ? C'est le fait de se croire moins compétent que ne le laissent penser ses réussites, et de redouter d'être un jour « démasqué ». Pauline Clance et Suzanne Imes l'ont décrit en 1978 chez des femmes très accomplies, sous le nom de sentiment d'imposture. Les chercheurs préfèrent parler de phénomène plutôt que de syndrome : malgré son nom courant, ce n'est ni une maladie ni un diagnostic. Il s'observe chez les hommes comme chez les femmes, de l'adolescence à la fin de carrière.

Ce ressenti est très répandu et ne dit rien du niveau réel de compétence. Ce qui distingue la personne qui le vit, c'est la façon dont elle explique ses succès : par la chance ou par l'aide reçue, plutôt que par ses propres qualités. C'est aussi le surmenage qu'elle s'impose pour compenser une insuffisance qu'elle imagine.

Un prisme de verre posé sur un rebord de fenêtre, décomposant la lumière du matin en un large éventail pastel

Comment le HPI et le HPE peuvent nourrir le syndrome de l'imposteur

Ces 3 notions ne se recouvrent pas : l'une peut exister sans les autres. Rien n'indique non plus qu'un QI élevé rende, à lui seul, plus vulnérable au doute. En revanche, chez certains hauts potentiels, des traits et des parcours de vie particuliers peuvent favoriser ce doute. Voici 4 mécanismes souvent décrits.

1. Le piège du perfectionnisme

Les chercheurs distinguent 2 faces du perfectionnisme. La première consiste à viser haut. La seconde est la peur de se tromper et d'être jugé, qu'ils appellent les « préoccupations perfectionnistes ».

La recherche s'appuie ici sur 2 méta-analyses, des études qui rassemblent les résultats de nombreuses études sur une même question. La première, sur des élèves à haut potentiel, observe chez eux des exigences personnelles un peu plus élevées que chez les autres, mais pas davantage de peur de l'erreur. La seconde, plus récente, porte sur le sentiment d'imposture : elle le trouve associé bien plus fortement à la peur de l'erreur et du jugement qu'à la simple recherche d'excellence. Autrement dit, ces élèves visent un peu plus haut que les autres, mais ce n'est pas ce qui nourrit le plus le doute. Ce qui le nourrit surtout, c'est la peur de l'erreur, et elle n'est pas plus marquée chez eux.

Les personnes à HPE, de leur côté, recherchent souvent l'harmonie et l'approbation des autres. Elles ont donc tendance à analyser à l'excès chaque remarque reçue, et à douter de leur valeur.

2. Une conscience de soi accrue qui alimente le doute

Plus on maîtrise un domaine, plus on en voit l'étendue et ce qu'il reste à apprendre. C'est ce qu'illustre l'étude qui a fait connaître l'effet Dunning-Kruger, surtout connu pour montrer que les moins compétents surestiment leur niveau. Dans cette étude, les meilleurs participants faisaient l'erreur inverse : ils se croyaient moins bien classés qu'ils ne l'étaient. Selon les auteurs, ils supposaient que ce qui leur paraissait facile l'était pour tout le monde.

Une personne à HPI peut ainsi lire son aisance comme la preuve que la tâche était simple, jamais comme celle de sa compétence. Imaginez quelqu'un qui boucle en quelques heures un dossier qui prend des jours à ses collègues, et en conclut qu'il était facile. Les personnes à HPE, elles, prennent parfois une réaction émotionnelle intense face à une difficulté normale pour le signe d'une réelle insuffisance.

3. Une facilité précoce qui devient une identité

Il est fréquent qu'un haut potentiel ait été, enfant, félicité pour son intelligence plutôt que pour ses efforts : par exemple « tu es si doué » plutôt que « tu as bien travaillé ». La psychologue Carol Dweck a étudié ce type d'éloge auprès d'enfants. Ses travaux suggèrent qu'il pousse à voir l'intelligence comme une qualité fixe, que l'on possède ou non. Il inciterait aussi à éviter les défis et à se décourager davantage face à l'échec.

Une fois adulte, on en tire une conclusion sans s'en apercevoir : si un résultat a demandé du travail, c'est qu'on n'était pas si doué que cela. Clance et Imes avaient relevé ce message familial, « la réussite ne demande pas d'effort », chez les femmes qu'elles recevaient. D'où un tournant fréquent : le meilleur de sa classe découvre, à l'université ou dans un premier poste, un environnement plein de gens brillants. Il n'y brille plus sans effort et en déduit qu'il n'a jamais été aussi capable qu'il le croyait.

4. Le cycle de l'imposteur, le surmenage et la surcharge

Clance a aussi décrit un enchaînement qui se répète. Une mission importante déclenche de l'anxiété. La personne se prépare alors à l'excès, ou elle repousse le travail (elle procrastine) puis le fait dans l'urgence. Le succès qui suit est mis sur le compte de l'effort ou de la chance, jamais de la compétence. Le doute reste donc entier pour la mission suivante. L'article consacré au cycle de l'imposteur le décrit étape par étape.

Répété, ce surmenage peut ouvrir la voie à l'épuisement professionnel chez les hauts potentiels intellectuels. À ce surmenage, certaines personnes ajoutent une surcharge mentale ou émotionnelle qui leur est propre : pousser ses raisonnements si loin qu'on n'arrive plus à décider (la « paralysie de l'analyse »), ou absorber la tension émotionnelle ambiante. Cette surcharge amplifie l'anxiété et le doute.

Une balance à 2 plateaux où de nombreux petits galets pèsent moins lourd qu'une seule grosse pierre grise

Surmonter le syndrome de l'imposteur en tant que HPI ou HPE

Aucune technique ne dissipe ce doute d'un coup. Les recherches comparant les approches restent rares : on sait donc mal lesquelles fonctionnent le mieux. Les leviers qui suivent répondent aux mécanismes décrits plus haut.

1. Redéfinir le succès et la compétence

Reconnaître que l'expertise est un parcours, et non un état figé, change déjà beaucoup de choses. Progresser suppose de faire des erreurs et d'en tirer des leçons. Pour un haut potentiel, le renversement tient en une phrase : l'effort n'est pas la preuve qu'on n'est pas doué, c'est ce qui transforme une capacité (ce que l'on a en germe) en compétence (ce que l'on sait vraiment faire).

2. Distinguer les sentiments des faits

Se sentir insuffisant ne signifie pas être incompétent : c'est un ressenti, pas un constat. Pour un haut potentiel, il faut se rappeler ce que la facilité fait oublier : ce qui vous a paru simple ne l'était pas pour tout le monde. Le journal de succès et le test du collègue aident à confronter ces pensées aux faits : noter ce que l'on a fait pour réussir, et se demander comment on jugerait un collègue aux mêmes résultats.

3. Se fixer des exigences réalistes

Garder l'ambition, mais lâcher la peur de l'erreur : c'est la distinction qui compte, comme pour le perfectionnisme. Fixez à l'avance un niveau « suffisamment bon » et arrêtez-vous là. C'est aussi ce qui rompt le cycle de l'imposteur. Un bon résultat obtenu sans préparation excessive ne peut plus être mis sur le compte du surtravail : il montre que la compétence était là.

4. Chercher du soutien et un regard extérieur

Échanger avec des pairs, des mentors ou des professionnels qui connaissent l'expérience HPI et HPE apporte le regard extérieur qui manque. Ils montrent aussi que d'autres vivent les mêmes difficultés, ce qui les normalise et réduit l'isolement.

5. Pratiquer l'auto-compassion

Se traiter avec la bienveillance que l'on offrirait à un ami reste le plus difficile, et le plus utile. La psychologue Kristin Neff appelle cela l'auto-compassion, qu'elle définit par 3 attitudes. La première : se parler avec bienveillance plutôt qu'avec dureté après une erreur. La deuxième : se rappeler que l'imperfection fait partie de l'expérience humaine. La troisième : observer ses pensées douloureuses avec un peu de recul, sans se confondre avec elles.

Un carnet ouvert aux pages vierges sur lequel sont disposés un galet lisse, une feuille séchée et un ruban de tissu

Quand le doute mérite un accompagnement

Un doute passager quand on prend un poste ou avant une présentation n'a rien d'inquiétant. Il devient préoccupant lorsqu'il persiste des mois malgré des retours positifs, qu'il fait renoncer à des occasions, ou qu'il pousse à un surtravail qui use le sommeil et la santé. Les études associent souvent le sentiment d'imposture à l'anxiété, à la dépression et à l'épuisement professionnel. Ces difficultés vont fréquemment ensemble, mais ces études ne disent pas laquelle entraîne les autres. Si ces états sont présents, l'avis d'un médecin ou d'un psychologue permet de démêler ce qui tient au doute et ce qui tient à autre chose. Quant à savoir si l'on a un haut potentiel intellectuel, seul un bilan réalisé par un psychologue, tests psychométriques compris, peut y répondre.

S'épanouir avec le HPI et le HPE tout en surmontant le doute de soi

Le doute des hauts potentiels ne vient pas d'un manque de capacités, mais de la manière dont ils interprètent leurs réussites. Le comprendre permet de s'attribuer enfin la juste part de ce que l'on accomplit. Ce travail prend du temps, mais chaque succès relu correctement s'ajoute aux preuves qui contredisent le doute. Le potentiel est réel, et les réussites qu'il produit le sont tout autant.

En résumé

  • HPI, HPE et syndrome de l'imposteur sont 3 notions distinctes : le HPE est une étiquette populaire, et le sentiment d'imposture n'est pas un diagnostic.
  • Le doute ne reflète pas nécessairement le niveau réel de compétence. La peur de l'erreur, une facilité précoce et des succès attribués à la chance ou à l'effort l'entretiennent, dans un cycle où aucune réussite ne rassure.
  • Redéfinir la compétence, séparer les faits des ressentis, fixer un niveau « suffisamment bon » et pratiquer l'auto-compassion sont des leviers prometteurs, même si leur efficacité reste encore peu étudiée.
  • Un doute persistant, accompagné d'anxiété ou d'épuisement, mérite l'avis d'un professionnel.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si ce doute permanent vous parle, je vous accompagne pour comprendre votre fonctionnement et vous réapproprier vos réussites, à travers un accompagnement des hauts potentiels intellectuels ou, si c'est surtout la charge émotionnelle qui pèse, un travail sur la gestion du stress et des émotions. Pour aller plus loin, vous pouvez lire Syndrome de l'imposteur : démystifier et surmonter le phénomène et L'épuisement professionnel chez le haut potentiel émotionnel (HPE).

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