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Haut potentiel

Défis professionnels des HPI : comment les surmonter ?

Publié le par Alice Kazantzidis Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire

Cet article présente des difficultés que rencontrent certaines personnes HPI au travail, de l'ennui face aux tâches répétitives au sentiment d'être un imposteur. Il propose aussi des stratégies pour les surmonter sans s'épuiser. Il s'adresse aux personnes à haut potentiel intellectuel qui se sentent en décalage dans leur travail, ainsi qu'à celles et ceux qui les encadrent. Il aide enfin à distinguer ce qui vient du haut potentiel de ce qui vient du poste ou de la fatigue.

Exploiter les forces tout en surmontant des obstacles uniques

Les personnes à haut potentiel intellectuel (HPI) apportent souvent au travail plusieurs qualités : elles raisonnent vite, relient des informations qui semblent sans rapport et aiment les problèmes complexes. Mais beaucoup d'environnements de travail sont pensés pour avancer pas à pas, à un rythme plus régulier. Ces qualités s'y heurtent donc parfois. Comprendre où se situent ces frottements, et adopter quelques stratégies simples, permet de s'épanouir au travail plutôt que de s'y user.

Qu'est-ce que le HPI ? Le haut potentiel intellectuel se repère par un bilan réalisé par un psychologue. Ce bilan utilise des tests d'intelligence standardisés, c'est-à-dire passés et corrigés selon les mêmes règles pour tout le monde, puis comparés aux résultats d'un grand nombre de personnes. Chez l'adulte, le test le plus courant s'appelle la WAIS. Le score obtenu, le QI (quotient intellectuel), est calculé pour que la moyenne de la population soit de 100. Par convention, on parle de HPI à partir de 130. Ce score est atteint par un peu plus de 2 % de la population. C'est donc un repère chiffré sur les capacités de raisonnement. Ce n'est ni un type de personnalité ni le diagnostic d'une maladie ou d'un trouble.

Une précision s'impose. Les portraits qui suivent décrivent des difficultés fréquentes chez les personnes HPI qui consultent un psychologue. Ce ne sont pas des traits que toutes les personnes à haut potentiel partageraient. Des études ont comparé des personnes à QI élevé avec le reste de la population : elles ne montrent pas que les premières ont davantage de troubles psychologiques. Pourquoi, alors, l'image du HPI en souffrance est-elle si répandue ? En partie parce que les psychologues voient surtout les personnes qui vont mal. Les personnes HPI qui vont bien poussent rarement la porte d'un cabinet, donc on parle peu d'elles.

Défis courants en milieu professionnel pour les HPI

1. Difficulté avec les tâches routinières et répétitives

Les HPI sont souvent très à l'aise pour résoudre des problèmes complexes, et certains décrochent vite quand les tâches deviennent banales ou répétitives. L'ennui qui s'installe a un coût. Les recherches sur l'ennui au travail observent que les personnes qui s'ennuient sont en moyenne moins satisfaites de leur travail et ont davantage envie de quitter leur poste. Ces études montrent que l'ennui et ces difficultés vont souvent ensemble. Elles ne prouvent pas, à elles seules, que l'ennui en est la cause. Quand cette situation dure, elle peut mener à un épuisement par le vide : on ne s'épuise pas d'en faire trop, mais d'avoir trop peu d'occasions d'utiliser ses capacités. On l'appelle couramment le bore-out (de l'anglais bored, « qui s'ennuie »), et les signes sont détaillés dans notre article sur le burn-out et le bore-out.

Solution : recherchez des postes qui laissent de la place à la créativité et à la résolution de problèmes. Si les tâches routinières sont inévitables, modifiez votre travail par petites touches : automatiser une étape, prendre en charge un sujet qui concerne plusieurs équipes, proposer d'améliorer une procédure. Ces ajustements, vous pouvez les faire vous-même sur 3 plans : le contenu de vos tâches, vos relations de travail (avec qui et comment vous collaborez) et le sens que vous donnez à votre travail. Les psychologues du travail appellent cela le job crafting, ou façonnage de son poste.

2. Difficulté avec les structures hiérarchiques et les règles rigides

Beaucoup de personnes HPI ont du mal à appliquer une règle dont elles ne voient pas la logique. Elles supportent aussi mal le micro-management, c'est-à-dire un contrôle très serré de chaque détail par le responsable, et les procédures qui leur semblent inefficaces. Elles ont besoin de comprendre pourquoi une règle existe avant d'accepter la façon de l'appliquer. Ce besoin est rarement un refus de l'autorité en soi. Mais vu de l'extérieur, il risque de passer pour une contestation permanente.

Solution : gagnez de l'autonomie en montrant que vous savez travailler sans être encadré(e) de près et livrer dans les délais. Quand une règle vous semble absurde, demandez d'abord d'où elle vient : elle s'explique parfois par une obligation légale, une décision prise par le passé ou une exigence d'un client. Si vous n'êtes toujours pas d'accord, dites-le en privé, avec une proposition concrète plutôt qu'un simple « ça ne marche pas ».

3. Forte sensibilité aux retours et à la politique interne

Certaines personnes HPI se fixent des exigences très élevées. Elles deviennent alors très sensibles à la critique : une remarque anodine peut tourner en boucle dans leur tête pendant des jours. Pourtant, contrairement à une idée répandue, le haut potentiel ne rime pas automatiquement avec perfectionnisme. Une méta-analyse publiée en 2020 a étudié la question chez des élèves, et non chez des adultes au travail. Ce type de travail rassemble de nombreuses études déjà menées pour en tirer une conclusion plus solide. Cette méta-analyse distinguait 2 aspects du perfectionnisme. Le premier consiste à être exigeant envers son propre travail. Le second, plus anxieux, pousse à ressasser chaque erreur et à douter de soi. Les élèves à haut potentiel montraient un peu plus du premier que les autres élèves, mais pas davantage du second. Au travail, par ailleurs, les jeux de pouvoir internes et les conflits inutiles agacent vite certaines personnes HPI, et peuvent les amener à se désinvestir.

Solution : développez votre résilience en prenant la critique constructive pour ce qu'elle est : une information sur le travail, qui ne juge pas la personne. Une question simple aide à faire le tri : « Qu'est-ce que je peux concrètement changer à partir de ce retour ? » Apprenez à prendre de la distance avec les jeux internes, tout en restant engagé(e) dans un travail qui a du sens.

Qu'est-ce que la résilience ? C'est la façon dont une personne s'adapte à une épreuve ou à un stress important, puis se reconstruit après un choc. Il ne s'agit pas d'ignorer la douleur, mais d'apprendre à avancer malgré les obstacles. La résilience se développe avec l'expérience et grâce aux personnes qui nous soutiennent.

4. Sentiment d'imposture et perfectionnisme

Malgré leurs compétences, de nombreux professionnels HPI doutent d'être à leur place. Ils attribuent leurs réussites à la chance ou à un malentendu, comme si on allait finir par découvrir qu'ils ne méritent pas leur poste. Les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes ont décrit ce vécu en 1978. On l'appelle couramment le syndrome de l'imposteur. Le mot « syndrome » est trompeur : il s'agit d'une façon de penser, pas d'un trouble qu'un professionnel diagnostiquerait. Chez les HPI, la facilité peut même renforcer ce doute. Le raisonnement est le suivant : ce que j'ai obtenu sans effort ne compte pas vraiment, donc je ne peux pas m'en attribuer le mérite. Le perfectionnisme dans sa forme anxieuse peut alors s'ajouter. Il peut pousser à remettre le travail à plus tard (on parle de procrastination), ou à passer un temps excessif à peaufiner un travail déjà abouti. Ce mécanisme est détaillé dans notre article sur le syndrome de l'imposteur.

Solution : fixez vos critères de « suffisamment bon » avant de commencer une tâche, et pas en cours de route. Par exemple, décidez dès le départ qu'un rapport est terminé quand il répond aux 3 questions posées, sans attendre qu'il vous paraisse parfait. Notez aussi vos réussites, avec ce qui les a rendues possibles, pour reconnaître la part qui vous revient vraiment. Un mentor ou un coach peut vous offrir le regard extérieur qui vous manque et vous aider à voir les choses autrement.

5. Difficulté à trouver des pairs partageant les mêmes idées

Enfin, les personnes HPI se sentent parfois isolées au travail. Leur rapidité de pensée, leur façon d'aborder les problèmes ou leurs centres d'intérêt ne correspondent pas à ceux de leurs collègues. Ce décalage peut leur donner le sentiment de ne pas être comprises, voire d'être étrangères au groupe.

Solution : cherchez la stimulation intellectuelle ailleurs : réseaux professionnels, groupes de pairs (des personnes de votre métier ou qui pensent comme vous), projets parallèles avec des personnes qui partagent vos intérêts. Au bureau, 1 ou 2 collègues avec qui l'échange est facile suffisent souvent à rompre l'isolement.

Sur un bureau clair, une longue rangée de dossiers identiques et, tout au bout, un petit bateau en papier plié

Stratégies pour s'épanouir en tant que HPI dans le milieu professionnel

Repérer les obstacles est une chose, construire un quotidien qui vous convient en est une autre. Voici 5 leviers sur lesquels agir dans la durée.

1. Plaider pour un environnement de travail qui soutient vos forces cognitives

Vos forces cognitives, ce sont vos points forts dans la façon de penser : raisonner, analyser, résoudre des problèmes. Demandez des projets stimulants, à la hauteur de ces capacités, et si possible des conditions de travail souples. La manière de le demander compte. Comparez « Je suis le plus utile sur les dossiers complexes ; je peux reprendre l'analyse du projet X si on allège ma part sur les rapports hebdomadaires » et « Je m'ennuie ». La première formulation a plus de chances d'aboutir, parce qu'elle parle de ce que l'entreprise y gagne.

2. Développer de solides compétences en communication et en intelligence émotionnelle

L'intelligence émotionnelle désigne la capacité à reconnaître et à prendre en compte ses émotions et celles des autres. Apprenez à expliquer des idées complexes à des personnes différentes : commencer par la conclusion, donner un exemple avant le raisonnement, vérifier que l'autre suit avant d'aller plus loin. Pratiquez en parallèle l'écoute active : elle renforce vos relations professionnelles dans la durée.

Qu'est-ce que l'écoute active ? C'est une manière de prêter attention à quelqu'un qui parle en lui montrant que vous le comprenez : reformuler ce qu'il dit, lui poser des questions, lui laisser de la place plutôt que préparer votre réponse.

3. Créer des occasions d'apprendre et de progresser

Pour les profils HPI, continuer à apprendre tout au long de sa carrière est essentiel : formations, certifications ou projets personnels entretiennent l'élan. Dans le même esprit, recherchez des postes qui évoluent et apportent de nouveaux défis.

4. Gérer son énergie et prévenir l'épuisement professionnel

Une pensée qui ne s'arrête pas consomme de l'énergie, même quand le poste est passionnant. Prévoyez des pauses régulières et bougez. Méfiez-vous aussi de l'enthousiasme qui fait sauter les repas et déborder sur les soirées : c'est souvent ainsi que l'on s'investit trop, jusqu'à s'épuiser.

5. Mettre ses forces au service du leadership et de l'innovation

Enfin, de nombreux HPI s'épanouissent dans des rôles de direction. Ils peuvent y lancer des changements, accompagner des collègues ou porter un nouveau projet. Mais approfondir une expertise est tout aussi légitime que diriger.

Une jeune plante rempotée dans un pot plus large, l'ancien pot posé à côté sur un rebord ensoleillé

Et si ce n'était pas seulement le HPI ?

L'ennui, l'agacement face aux règles ou le doute de soi ne sont pas réservés aux hauts potentiels. D'autres causes produisent des difficultés très semblables : un poste mal adapté, une fatigue accumulée, une anxiété de fond ou des difficultés d'attention. Le HPI éclaire une partie de la situation, rarement toute. Quelques questions aident à faire le tri :

  • Depuis quand le décalage est-il présent : depuis toujours, ou depuis ce poste, ce manager, cette réorganisation ?
  • Y a-t-il encore des moments, au travail ou ailleurs, où vous êtes si absorbé(e) que vous perdez la notion du temps ?
  • Que changerait, concrètement, le fait de savoir que vous êtes HPI ?

Dans certains cas, il ne s'agit plus seulement d'une façon de penser différente de celle de l'entourage. C'est le cas si la fatigue dure depuis plusieurs semaines, si le sommeil se dérègle ou si le plaisir disparaît aussi en dehors du travail. La première étape est alors de demander un avis médical ou de vous faire accompagner par un professionnel qualifié.

Valoriser ses forces tout en relevant les défis

Les personnes HPI apportent beaucoup au monde du travail, à condition que leurs besoins particuliers soient reconnus, d'abord par elles-mêmes. Un environnement qui laisse de la place à la stimulation intellectuelle, à l'autonomie et au sens profite autant à la personne qu'à l'organisation. Le reste tient à quelques stratégies pour contourner les frottements. Il faut aussi accepter que tous les environnements ne conviendront pas.

En résumé

  • La routine, les hiérarchies rigides et les jeux de pouvoir internes peuvent contribuer à faire décrocher certaines personnes HPI.
  • Le sentiment d'imposture et le perfectionnisme, quand ils sont présents, pèsent souvent plus lourd que le manque de compétences.
  • L'isolement se compense en cherchant une stimulation intellectuelle en dehors du poste occupé.
  • Autonomie, apprentissage continu et gestion de l'énergie sont les 3 appuis d'une carrière durable pour un haut potentiel.

Et si vous êtes concerné(e) ?

Si vous vous reconnaissez dans ces difficultés, je vous accompagne pour mettre des mots sur votre façon de fonctionner. Ensemble, nous construisons un cadre professionnel qui tienne compte de votre intensité (pensée rapide, fort besoin de stimulation), à travers un accompagnement des hauts potentiels intellectuels. Pour aller plus loin, vous pouvez lire L'épuisement professionnel chez le haut potentiel intellectuel (HPI) et Explorer l'interaction entre le HPI, le HPE (haut potentiel émotionnel) et le syndrome de l'imposteur. Votre façon de penser n'est pas un problème à corriger, c'est une ressource à mieux employer.

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