Burn-out vs Bore-out : Comment les identifier et les surmonter ?
Sommaire
Le burn-out et le bore-out sont 2 formes de souffrance au travail. Le premier naît d'un stress chronique, c'est-à-dire un stress qui s'installe et dure, souvent lié à une surcharge de travail. Le second naît du vide : trop peu à faire, ou rien qui ait du sens. Cet article vous aide à les reconnaître à partir de leurs signes, et à les distinguer d'une simple fatigue ou d'une dépression. Il propose aussi des pistes concrètes pour chacun. Il s'adresse à toute personne qui se sent vidée par son travail, qu'elle croule sous les tâches ou qu'elle s'y ennuie.
La fatigue et le désengagement passent souvent pour une fatalité du métier. Ils signalent pourtant parfois un problème plus profond. Savoir lequel de ces 2 états est en jeu compte, car les réponses utiles ne sont pas les mêmes.
Comprendre le burn-out et le bore-out
Le burn-out est le résultat d'un stress lié au travail qui s'est installé dans la durée sans pouvoir être maîtrisé. Depuis 2019, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le décrit comme un phénomène lié au travail, et non comme une maladie. Autrement dit, elle le reconnaît comme un problème réel, propre au travail, sans le classer parmi les maladies.
L'OMS le définit par 3 aspects qui vont ensemble. Le premier est un sentiment d'épuisement : on n'a plus de réserves. Le deuxième est une distance mentale grandissante avec son travail : on s'en détache et l'on adopte à son égard une attitude plus cynique ou négative. Le troisième est une baisse de l'efficacité professionnelle : on se sent moins capable de bien faire son travail. Le burn-out ne se réduit donc pas à la fatigue : c'est aussi le lien avec le travail qui se dégrade.
Il a rarement une seule cause. Selon les travaux de la psychologue Christina Maslach, il s'installe quand un décalage durable s'est creusé entre la personne et son travail. Ce décalage porte bien sûr sur la charge de travail, mais aussi sur l'autonomie (la liberté d'organiser son travail), la reconnaissance ou les relations. Il peut encore toucher l'équité (être traité de façon juste) ou les valeurs (quand ce que l'on doit faire heurte ce qui compte pour soi).
Des chercheurs, Demerouti, Bakker et leurs collègues, ont résumé ce mécanisme en 2001 dans le modèle « exigences et ressources ». D'un côté, il y a les exigences : tout ce que le travail vous demande. De l'autre, il y a les ressources : ce qui vous aide à y faire face, comme le soutien, la marge de manœuvre ou le sens. Des exigences trop élevées épuisent. Le manque de ressources, lui, fait décrocher : on se désinvestit peu à peu.
Le bore-out, à l'inverse, vient de l'ennui (« bore » veut dire « ennuyer » en anglais). Il survient lorsque le travail devient monotone, peu stimulant ou dépourvu de sens. Le terme a été popularisé en 2007 par 2 consultants suisses, Philippe Rothlin et Peter Werder. Ce n'est pas un diagnostic reconnu : c'est un mot utile pour décrire une expérience, pas une maladie officielle.
Ce que les chercheurs étudient, c'est l'ennui chronique au travail, celui qui revient jour après jour. Il n'a rien d'anodin. Une vaste enquête finlandaise (Harju, Hakanen et Schaufeli, 2014) a interrogé plus de 11 000 salariés. Chez ceux qui s'ennuyaient au travail, on trouvait plus souvent des symptômes de stress, une santé jugée moins bonne par la personne elle-même et l'envie de quitter son emploi. Une enquête de ce type montre que ces éléments vont ensemble ; elle ne prouve pas, à elle seule, que l'ennui en est la cause. Le bore-out mérite donc d'être pris au sérieux, même si ses effets ont été moins étudiés que ceux du burn-out.
D'autres mots désignent des formes voisines d'usure au travail, comme le brown-out ou le rust-out. Inutile de les connaître pour lire la suite ; ils sont expliqués dans le lexique des défis sur le lieu de travail.
Qu'est-ce que le bore-out ? C'est un état d'épuisement qui vient d'un manque de stimulation au travail, quand le poste ne sollicite pas assez la personne : ennui qui dure, tâches sans intérêt ou trop peu nombreuses, sentiment que ses compétences ne servent à rien. Il s'accompagne souvent de stratégies pour paraître occupé, et d'une honte qui empêche d'en parler. S'épuiser en faisant peu semble contradictoire, mais l'ennui, l'effort pour faire semblant et la honte coûtent aussi de l'énergie.
Symptômes clés à surveiller
Les deux états se ressemblent de loin : dans les deux cas, l'énergie manque et l'envie s'effrite. Ce sont les détails qui les séparent.
Les symptômes du burn-out
- Fatigue persistante, même après le repos
- Détachement émotionnel, cynisme ou apathie (plus d'élan ni d'intérêt) à l'égard du travail
- Baisse de la productivité et erreurs inhabituelles
- Irritabilité accrue et difficultés de concentration
- Symptômes physiques : maux de tête, troubles du sommeil, douleurs musculaires
Les symptômes du bore-out
Du côté du bore-out, les signes disent moins la surchauffe que le vide qui s'installe.
- Ennui constant et manque de motivation
- Sentiment d'être sous-utilisé ou de perdre son temps au travail
- Faible énergie et désengagement malgré une charge de travail légère
- Rêverie, procrastination (remettre à plus tard ce qu'on a à faire), tâches étirées pour remplir la journée
- Sentiment d'inutilité, frustration, honte de ne pas être « assez occupé »

L'impact psychologique
Le burn-out comme le bore-out ont été associés à des effets psychologiques importants : anxiété, humeur dépressive (un moral durablement bas), baisse de l'estime de soi, c'est-à-dire de la valeur que l'on s'accorde. Le burn-out laisse souvent un sentiment d'insuffisance, l'impression de ne plus être à la hauteur. Le bore-out nourrit plutôt la culpabilité et le doute sur sa propre valeur : à force de ne pas utiliser ses compétences, on finit par se demander si on les a encore.
Burn-out, fatigue passagère ou dépression ?
Une fatigue passagère cède au repos : après quelques bonnes nuits ou un congé, l'énergie et l'intérêt reviennent. Dans un burn-out, le repos ne suffit plus. L'épuisement revient dès la reprise, et le détachement vis-à-vis du travail persiste. La dépression, elle, ne se limite pas au travail : elle envahit les loisirs, les relations, le plaisir en général. Les chercheurs ne sont d'ailleurs pas d'accord sur la frontière entre burn-out et dépression, car leurs symptômes se recouvrent beaucoup. Et certaines personnes en burn-out développent aussi un épisode dépressif, c'est-à-dire une période de dépression qui s'ajoute au burn-out.
Si les signes décrits ici durent depuis plusieurs semaines, s'aggravent ou s'accompagnent d'idées noires, la première étape est de consulter votre médecin. Il pourra écarter une cause physique, évaluer votre état et, si nécessaire, décider d'un arrêt de travail. En Belgique, tout travailleur peut aussi demander, de sa propre initiative, à voir le médecin du travail, sans attendre d'être convoqué, s'il pense que son travail affecte sa santé. C'est ce qu'on appelle une consultation spontanée. Les démarches d'un arrêt, du certificat à la reprise, sont réunies sur la page Burn-out : les démarches concrètes en Belgique.
Identifier la cause première
Pour faire la différence entre le burn-out et le bore-out, posez-vous les questions suivantes :
- Est-ce que je me sens submergé par trop de responsabilités, ou découragé par le manque de tâches qui ont du sens ?
- Mon épuisement vient-il de la charge de travail, ou du sentiment que ce travail n'a pas de raison d'être ?
- Suis-je constamment sur le qui-vive, ou plutôt engourdi et désengagé ?
- Si l'on me retirait demain la moitié de mes tâches, est-ce que je respirerais, ou est-ce que je me sentirais encore plus inutile ?
La dernière question oriente souvent, sans trancher à elle seule. On y retrouve les exigences et les ressources vues plus haut. Si l'idée d'avoir moins à faire vous soulage, cela pointe vers le burn-out : des exigences trop lourdes. Si elle vous fait vous sentir encore plus inutile, cela pointe plutôt vers le bore-out : des ressources et des défis (des tâches qui vous demandent un effort et vous font avancer) trop rares. Les deux peuvent d'ailleurs coexister : on peut être à la fois noyé de tâches et privé de sens.
Pour y voir clair, il est souvent utile de tenir un journal pendant quelques semaines. Notez chaque jour ce qui vous a pris de l'énergie et ce qui vous en a redonné. Vous pouvez aussi partager ces réflexions avec un collègue ou un coach de confiance.

Surmonter le burn-out et le bore-out
Face au burn-out
La première chose à retrouver, face au burn-out, c'est une limite. Protéger l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée suppose de contenir les heures supplémentaires et d'apprendre à dire non. Vient ensuite la délégation : partager les responsabilités plutôt que de tout porter seul.
Il faut aussi redonner sa place à la récupération dans la semaine. Sabine Sonnentag, qui étudie la récupération après le travail, a montré que le temps de repos ne suffit pas. Ce qui compte d'abord, c'est de se détacher mentalement du travail : cesser d'y penser une fois la journée finie. Une soirée passée à tourner et retourner les dossiers dans sa tête répare bien peu. La détente, l'activité physique et les occupations qui absorbent l'attention aident à décrocher. Un instrument, un jeu ou une recette, par exemple, occupent assez l'esprit pour que le travail en sorte.
Enfin, cherchez du soutien. En parler à un mentor, à un professionnel ou à un coach aide à gérer le stress et à développer des stratégies d'adaptation. Gardez aussi en tête que le burn-out n'est pas qu'une affaire de résistance individuelle. La charge, le manque de reconnaissance ou l'absence de marge de manœuvre sont parfois en cause. Une partie de la réponse se joue alors avec la hiérarchie. Lorsque c'est le stress au quotidien qui vous use, un accompagnement à la gestion du stress et des émotions peut être une porte d'entrée.
Qu'est-ce qu'une stratégie d'adaptation ? C'est la façon dont on fait face à une situation difficile, à un stress ou à une émotion forte : soit en agissant sur le problème (réorganiser, planifier, demander de l'aide), soit en agissant sur l'émotion (respirer, relativiser, en parler à quelqu'un).
Face au bore-out
Face au bore-out, le mouvement est inverse : il s'agit d'aller chercher ce qui manque. Se porter volontaire pour de nouveaux projets ou proposer des initiatives ramène du défi là où il n'y en a plus. Les temps morts, eux, peuvent servir à se former et à raviver l'intérêt pour son métier.
Vous pouvez aussi remodeler vous-même votre poste. Vous jouez alors sur 3 choses : les tâches que vous prenez en charge, les personnes avec qui vous travaillez et le sens que vous donnez à ce que vous faites. Imaginez une comptable qui propose de former les nouveaux arrivants : elle ajoute à son poste une tâche qui compte pour elle. La psychologie du travail appelle cela le job crafting, ou « façonnage du poste » (Wrzesniewski et Dutton, 2001).
Il est souvent utile, ensuite, d'ouvrir la discussion avec sa hiérarchie pour ajuster ses responsabilités et obtenir des tâches plus stimulantes. C'est là que la honte fait obstacle : dire « je n'ai pas assez à faire » semble risqué. Présentez plutôt cette conversation comme une contribution (« voici ce que je pourrais apporter de plus ») que comme une plainte : elle sera plus facile à entendre. Enfin, tout ne se joue pas au bureau. Explorer des objectifs personnels qui vous nourrissent en dehors du travail fait pleinement partie de la réponse.
Une approche équilibrée du travail
Le burn-out et le bore-out disent au fond la même chose : ni être débordé en permanence ni rester longtemps sans rien à faire ne rendent le travail vivable. Un travail qui tient dans la durée demande des exigences à la mesure de vos ressources : assez de défi pour rester en mouvement, assez de marge pour souffler. Trouver du sens à ce que l'on fait, tenir des limites saines et continuer à progresser restent les meilleures protections contre l'un comme contre l'autre.

Étude de cas : naviguer entre les extrêmes
Un exemple fictif aide souvent à s'y retrouver, parce que l'on passe parfois d'un extrême à l'autre au cours d'une même carrière.
Julien, responsable marketing, s'épanouissait autrefois sous la pression. Après un projet important mené à bien, sa charge de travail a fortement diminué. Il a d'abord apprécié cette pause, puis il est devenu démotivé et désengagé. Il n'était pas surchargé : il avait du temps, mais plus rien ne le stimulait. En comprenant qu'il vivait un bore-out, il est allé chercher de nouvelles responsabilités. En collaborant avec d'autres services et en lançant des campagnes créatives, il a retrouvé son enthousiasme et le lien avec son travail.
En résumé
- Le burn-out naît d'un stress chronique souvent lié à la surcharge, le bore-out du vide : 2 chemins différents, qui peuvent aussi se croiser.
- Les signes se recoupent (fatigue, désengagement, baisse de performance) ; c'est la cause qui oriente la réponse.
- Quelques questions sur la charge, le sens et votre état intérieur aident souvent à repérer ce qui domine, la surcharge ou le vide, sans remplacer l'avis d'un professionnel.
- Les leviers diffèrent : poser des limites, déléguer et récupérer d'un côté, chercher des défis et remodeler son poste de l'autre.
- Si l'épuisement dure, s'aggrave ou déborde sur toute la vie, consultez un médecin : burn-out et dépression se ressemblent parfois.
Et si vous êtes concerné(e) ?
Si vous vous reconnaissez dans ces pages, vous n'avez pas à démêler cela seul(e) : je vous accompagne pour identifier ce qui vous épuise vraiment et remettre le travail à sa juste place, dans le cadre d'un accompagnement burn-out et bore-out. Pour aller plus loin, vous pouvez lire Micro-burnout : peut-on s'épuiser sans s'en rendre compte ?. Le premier pas est souvent le plus petit : mettre un mot juste sur ce que vous traversez. Pour voir à quoi ressemble ce premier pas en pratique, la page première consultation en décrit le déroulement.